Il ne pouvait venir à bout de se remettre sur ses jambes, et il retombait sans cesse plus lourdement, dès qu'il quittait l'appui de la muraille.

Maugréant et blasphémant à travers les hoquets vineux, il ne se décourageait pourtant pas dans son projet de rejoindre M. de Curson. C'était là une idée fixe qui dominait chez lui la torpeur de l'ivresse.

Enfin il réussit à se lever et à marcher en zigzags, dans la direction du Louvre, qu'il ne voyait pas cependant, et qu'il n'eût pas reconnu, lors même que quelques fanaux eussent éclairé le donjon et les tourelles de ce château qu'enveloppait une profonde obscurité.

Cet instinct de conservation, qui préside toujours à la destinée des ivrognes, l'empêcha de se jeter dans la rivière, du haut de la berge qu'il côtoyait.

Il fit beaucoup d'efforts et beaucoup de pas, mais fort peu de chemin, jusqu'à ce qu'il se trouvât au delà de la grande porte du vieux Louvre, qui regardait la tour de Nesle, et qui correspondait presque à la porte du Louvre actuelle, vis-à-vis du pont des Arts.

Son état d'ivresse n'avait pas diminué.

Il était, au contraire, tellement alourdi et assoupi, qu'il ne se souvenait plus du nom de M. de Curson, et qu'il cheminait à tâtons, comme un aveugle, sans but et sans dessein.

Un obstacle qu'il rencontra tout à coup sur la voie, le fit trébucher et culbuter assez rudement.

Il s'était heurté contre les corps de quatre soldats calvinistes qui avaient été tués à coups d'épée par les gardes des portes, parce qu'ils s'approchaient du Louvre pour épier ce qui s'y passait.

Jacques de Savereux ne se rendit pas compte de la nature de l'obstacle qu'il essayait vainement de surmonter; il crut avoir affaire à des gens qui lui barraient le passage, et il se mit à lutter avec ces cadavres, en les injuriant et en les frappant, sans s'apercevoir qu'on ne répondait ni à ses cris ni à ses coups.