Épuisé, éperdu, désolé, il ne savait plus quel parti adopter, ni quelle route suivre, lorsqu'il crut se retrouver aux environs de la rue de Béthisy: les maisons, les enseignes des boutiques, un puits, une notre-dame à l'angle d'un carrefour, évoquent de vagues réminiscences dans sa mémoire; une lueur d'espérance brille à travers son découragement: il touche au but! il reprend ses forces, il va donc enfin arriver!...

Mais, au détour d'une rue, il voit devant lui la Bastille!

—Seigneur Dieu, murmure-t-il en pliant le genou et en joignant les mains, tu ne veux pas que je sauve tes fidèles!

Dans ce moment, deux heures sonnent aux horloges des églises et des couvents.

Les carillons, aux sons clairs et argentins, semblent se répondre joyeusement l'un à l'autre et forment un vaste concert, au milieu duquel la grosse cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois s'ébranle et donne le signal du massacre.

VII

Jacques de Savereux n'avait pas dormi longtemps le long du mur où il s'était couché.

Yves de Curson ne fut pas plutôt éloigné, que le dormeur se préoccupa, au milieu de son sommeil, du silence qui se faisait autour de lui; car, tout en dormant, son oreille restait ouverte à la voix du gentilhomme qu'il avait pris sous sa sauvegarde, et qu'il s'imaginait conduire, quoiqu'il eût grand besoin d'être conduit lui-même.

Il entr'ouvrit les yeux, et il s'étonna de se voir seul.

—M. de Curson! cria-t-il à plusieurs reprises, d'une voix traînante et indistincte... Est-il allé jouer et boire sans moi!... ce serait félonie... Ohé! monsieur mon frère d'armes! m'avez-vous vilainement trahi et abandonné!... A boire, mignon!... Double!... six! double!... Bon! le voici qui s'en revient... Là, là... monsieur de Curson... arrêtez un peu, s'il vous plaît?... Attendez-moi!... Est-ce pas l'heure de descendre au Pré-aux-Clercs?...