Il craignait que ce massacre ne commençât d'un moment à l'autre, avant qu'il eût appelé aux armes les capitaines de la religion.
Quelles étaient les victimes désignées? quels assassins avait-on choisis?
On avait nommé le roi et le duc de Guise! C'étaient donc eux qui dirigeaient cette sanglante machination.
M. de Curson tremblait de tout son corps et respirait à peine, sous l'empire des sentiments d'horreur, de trouble, d'anxiété et d'impatience, qui s'exaltaient en lui: il précipitait sa marche et il se sentait près de défaillir, de tomber suffoqué.
D'un pas et d'une minute dépendait peut-être le salut de ses co-religionnaires!
—O mon Dieu! disait-il au fond de son cœur: arriverai-je à temps! Où vais-je? où suis-je? Les meurtriers veillent et les victimes dorment! M. l'amiral ne soupçonne rien de l'infâme trahison... Et ma mère! et ma sœur!...
Il vint à songer au péril qui pouvait menacer deux têtes si chères, et aussitôt il s'arrêta.
Il faillit retourner sur ses pas et courir à la défense de sa mère et de sa sœur qu'il abandonnait; mais la voix de la religion lui rappela qu'il devait d'abord sauver la vie de ses frères en Jésus-Christ, car les femmes, pensa-t-il, seraient certainement respectées dans un massacre général.
C'était donc le massacre qu'il avait mission d'empêcher; c'était le chef suprême des protestants, l'amiral de Coligny, qu'il importait de prévenir.
Il se remit à courir dans la direction qu'il supposait propre à le ramener à l'hôtel de Béthisy; il passa et repassa, tout haletant, par bien des rues qu'il parcourait pour la première fois et qu'il cherchait en vain à reconnaître.