Le comte de Retz, le comte de Saulx-Tavannes et le duc de Nevers, ces trois confidents favoris de Catherine, reçurent les inspirations perfides des ducs de Guise et d'Aumale, et firent remonter jusqu'à la cour de Rome la responsabilité de cette trahison sanguinaire.
Charles IX, dont l'esprit faible, vacillant, impressionnable et mobile, ne savait ni dissimuler, ni persévérer longtemps, ignora tout ce qu'on tramait autour de lui et servit d'instrument aveugle aux mystérieuses machinations de sa mère et des Guise.
Le mariage de Marguerite, sœur du roi, avec Henri de Bourbon, roi de Navarre, mariage qui semblait sceller la réconciliation des catholiques et des protestants, fut le moyen imaginé pour mettre un bandeau sur les yeux des victimes qu'on n'eût pas osé frapper en face.
Quoique le contrat eût été signé au mois d'avril, les noces n'eurent lieu que le 18 août, à cause de la mort de la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, qu'une maladie subite avait emportée avec la rapidité et les apparences d'un empoisonnement.
Ces noces furent célébrées à Paris, en présence de la noblesse protestante qui avait été invitée aux fêtes magnifiques que le roi et la ville offrirent d'intelligence aux nouveaux époux.
Chaque gentilhomme de la religion réformée avait tenu à honneur de paraître à la cour dans une circonstance si glorieuse pour le parti protestant et de si bon augure pour l'avenir, car l'alliance d'une princesse catholique de la maison royale de Valois avec un prince calviniste de la maison de Bourbon était comme une triomphante image de l'union des deux religions jusqu'alors ennemies implacables, même à l'ombre des édits de pacification.
Toutes les provinces de France se voyaient donc représentées par leur meilleure noblesse que les lettres missives du roi et les avis officieux des chefs de la religion, le roi de Navarre, le prince de Condé et l'amiral de Coligny, avaient convoquée: plus de quatre mille protestants, ceux surtout qui étaient le plus attachés à la cause et qui l'avaient soutenue les armes à la main, se trouvaient alors à Paris; les catholiques s'y trouvaient aussi en bien plus grand nombre.
Les trois jours qui suivirent la cérémonie nuptiale mi-partie protestante et catholique furent remplis par des festins, des concerts, des tournois et des bals somptueux.
Les lices étaient dressées dans le préau de l'hôtel du Petit-Bourbon, près du Louvre et les principaux seigneurs des deux partis combattirent courtoisement à l'épée et à la lance, à pied et à cheval, dans les intermèdes d'un divertissement allégorique, qui n'avait pas été composé sans intention.
On y voyait le paradis défendu par le roi et ses frères, les ducs d'Anjou et d'Alençon, et assiégé par le roi de Navarre et le prince de Condé, représentant les esprits des ténèbres: le spectacle se terminait par la destruction de l'enfer qui s'abîmait au milieu des flammes.