Le choix de ce divertissement donna beaucoup à penser aux esprits sérieux et défiants; les autres ne s'en préoccupèrent pas et ne songèrent qu'à se divertir.

Le soir, le Louvre retentissait du son des instruments et du bruit joyeux des danses qui se prolongeaient bien avant dans la nuit.

Il en était de même par toute la ville, où l'on oubliait les vieilles querelles de religion, pour manger et boire ensemble, pour sceller à table un pacte de confiance et d'amitié.

On pouvait croire, à de pareils indices, que la paix en France était rétablie, solide et durable: la messe et le prêche avaient l'air de s'accorder et de vivre en bonne intelligence.

Tout changea le 22 août, lorsque Maurevert, embusqué dans une maison du cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois, eut tiré par la fenêtre un coup d'arquebuse contre l'amiral de Coligny qui fut blessé au bras et à la main.

Un cri d'indignation s'éleva parmi les protestants, à la nouvelle de ce guet-apens, et peu s'en fallut qu'ils ne prissent les armes; de leur côté, les catholiques s'émurent et s'apprêtèrent à la résistance.

De ce moment où toutes les haines s'étaient réveillées, on s'éloigna les uns des autres, on s'observa, on se tint sur ses gardes.

Charles IX paraissait pourtant décidé à s'associer aux justes plaintes des amis de l'amiral, qui accusaient les Guise: il jura par la mort-Dieu, son serment habituel, qu'il ferait justice de l'assassin et de ses complices; il ordonna même aux Guise de quitter la cour.

Ce fut une première satisfaction donnée aux chefs protestants, qui se reprochèrent bientôt leur défiance et se reposèrent sur la bonne foi du roi.

La blessure de l'amiral, qu'on avait transporté à l'hôtel où il logeait dans la rue de Béthisy, fut pansée par le célèbre Ambroise Paré: on craignait encore que la balle n'eût été empoisonnée.