Le roi, accompagné de sa mère, de ses frères et de ses premiers officiers, vint rendre visite à Coligny et lui témoigna, en l'appelant son père, le chagrin qu'il éprouvait de cet odieux attentat.
La démarche du roi et ses paroles toutes bienveillantes, qui passèrent aussitôt de bouche en bouche, achevèrent d'aveugler les calvinistes et d'endormir les soupçons.
Paris néanmoins restait frappé de stupeur et comme dans l'attente.
Les protestants s'écartaient des catholiques, et ceux-ci avaient des regards sombres, haineux et inquiets; une partie des boutiques restaient fermées; la milice bourgeoise était prête à marcher, au premier ordre des quarteniers; le Louvre se garnissait de soldats, et dans les rues désertes, où passaient des troupes de gens armés, on remarquait des groupes de peuple stationnant et parlant à voix basse.
Les calvinistes, qui se trouvaient dispersés dans différents quartiers de la ville, avaient reçu secrètement avis de se rapprocher du quartier du Louvre où demeuraient leurs chefs: on accusa depuis Catherine de Médicis d'avoir transmis cet avis aux victimes qu'elle voulait, en quelque sorte, rassembler sous sa main avant le massacre.
Catherine fut donc l'âme de cet horrible complot, qu'on ne révéla au roi que la veille de l'exécution. Charles IX s'emporta d'abord et refusa énergiquement d'y participer, même de l'autoriser; mais sa mère connaissait l'art de le soumettre aux opinions et aux actes qu'elle lui imposait, et après quelques insinuations perfides, quelques mensonges adroits, elle métamorphosa les idées du roi, au point de lui faire adopter, comme utile et nécessaire, le plan de l'extermination des hérétiques qui entretenaient la guerre civile en France.
A l'instant, tout s'organisa en silence pour les nouvelles Vêpres siciliennes, qui devaient prendre le nom de Matines françaises et qui furent fixées au dimanche 24 août, jour de la fête de saint Barthélemy.
Le fatal secret resta fidèlement gardé entre six ou huit personnes, jusqu'à la veille au soir.
Ce soir-là, le prévôt des marchands fut mandé au Louvre et introduit dans le conseil royal, où il reçut les instructions les plus précises pour seconder la prise d'armes des catholiques, en faveur de laquelle on prétextait une conspiration des calvinistes contre la vie du roi. Les quarteniers et les notables bourgeois furent convoqués pour minuit à l'hôtel de ville.
Les chefs et les gentilshommes catholiques ignorent toujours ce qui se trame; mais ils savent que le conseil du roi et de la reine mère a été longtemps en séance aux Tuileries et au Louvre. Des bruits vagues d'émeute, d'assassinat et de guerre circulent de toutes parts et deviennent de plus en plus menaçants.