A cette époque, chaque famille noble possédait à Paris un hôtel, qu'elle n'occupait presque jamais, mais où elle attachait son nom et ses armes. C'était d'ailleurs un lieu de séjour prêt à recevoir les propriétaires ou leurs parents et amis, lorsqu'ils se rendaient dans la capitale, afin de ne pas descendre en quelque auberge, comme un voyageur étranger, de médiocre condition.

Le sire de Genouillac avait donc offert les clés de sa maison de Paris à la baronne de Curson qui venait de Bretagne pour marier sa fille au baron de Pardaillan.

Dans une grande salle du premier étage, la dame de Curson, assise, droite et immobile, sur une chaise haute et massive en bois de châtaignier, écoutait la voix grave et solennelle d'un ministre protestant, maître Simon de Labarche, qui lui lisait la Bible.

Ils étaient tous les deux tellement absorbés, l'un par la lecture, et l'autre par l'audition, qu'ils ressemblaient à deux statues, n'eût été le mouvement que faisait la main du ministre en tournant la page du livre.

La lumière de deux grosses chandelles de cire jaune dans de lourds flambeaux d'argent, éclairait faiblement cette scène nocturne, à laquelle prêtaient d'étranges reflets la tenture de la chambre en cordouan ou cuir doré et gaufré, et les vitraux peints des fenêtres ogivales.

Le silence et l'obscurité régnaient au dehors.

On n'entendait par intervalles que le pas du veilleur de nuit, qui se promenait le long de la plate-forme des tours de la porte de Bussy.

Par intervalles aussi, une lueur errante traversait le vitrail et s'y colorait avant de tomber sur le plancher couvert de nattes ou de monter aux lambris armoriés du plafond: c'était le passage d'un piéton ou d'un cavalier précédé d'un porteur de torche.

En ce moment, le ministre lisait l'histoire de Joseph vendu par ses frères:

«Et ils prirent la robe de Joseph, et ayant tué un bouc d'entre les chèvres, ils ensanglantèrent la robe. Puis, ils adressèrent à leur père cette robe ensanglantée, en lui faisant dire: «Nous avons trouvé ceci; connais maintenant si c'est la robe de ton fils ou non.» Et il la connut et dit: «C'est la robe de mon fils; une bête féroce l'a dévoré; assurément Joseph est mort.» Ce disant, Jacob déchira ses vêtements, se ceignit d'un sac et mena deuil sur son fils plusieurs jours durant.»