Les coups de feu éclatent dans chaque rue et dans chaque maison; des cris de grâce se mêlent aux cris de mort.
La lugubre clarté des torches se promène çà et là, comme si l'incendie allait succéder au massacre. Déjà le jour commence à poindre et le ciel se colore à l'orient.
Mais la dame de Curson n'entendait qu'un trot de cheval, qu'elle a pu suivre entre tous les bruits.
Bientôt elle croit voir, elle voit ce cheval dans la rue Saint-André-des-Arcs; elle appelle Yves, elle appelle Anne!
Deux voix ont répondu à chacun de ces deux appels, qu'elle réitère avec moins de force et plus d'émotion pour s'assurer qu'elle n'est point abusée par une illusion de son cœur.
—C'est lui! c'est elle! ce sont eux! s'écrie-t-elle dans une joie indicible: ô mon Dieu, mon Dieu! que béni soit son saint nom!
Elle se précipite, elle franchit l'escalier, elle arrive à la porte de la rue, elle en pousse les lourds verrous, elle tourne l'énorme clé dans la serrure avec autant de facilité qu'une main vigoureuse aurait su le faire: l'amour maternel a doublé ses forces.
Mais, une fois dans la rue, elle est encore séparée de ses enfants par un obstacle imprévu contre lequel ses efforts ne peuvent rien.
La porte de Bussy, qui se ferme au couvre-feu, ne se rouvre qu'à cinq heures du matin; les clés des serrures du côté de la ville sont en dépôt chez le quartenier; les clés des serrures du côté du faubourg, chez le prévôt de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Ces serrures ont été disposées de manière à empêcher un nouveau Périnet-Leclerc de livrer l'entrée de la ville à l'ennemi, et les portes, rétablies par François Ier, sont assez épaisses et assez bardées de fer pour ne céder qu'à l'artillerie.