La porte s'ouvrit, et la duchesse d'Orléans, qui n'avait pas voulu s'endormir avant de se rendre compte de la situation du malade, entra doucement.
Le duc, cédant à l'empire que la damoiselle de Lahern exerçait sur lui, avait fermé les yeux et feignait de dormir. Celle-ci fit signe à Fredet de la suivre et alla vers la princesse qu'elle empêcha d'avancer.
—Monseigneur sommeille, lui dit-elle à voix basse; je suppose qu'il dormira longtemps, à Dieu plaise! Demain, au réveil, il sera rétabli en sa santé première, sans autre médecine que ce repas qu'il a pris de grand appétit.—Ainsi, à ton avis, n'a-t-il aucun souci des événements de la guerre? répliqua Bonne d'Armagnac contemplant la figure calme du prince qui paraissait endormi et qui ne perdait pas une parole de cet entretien.—Il rêvera peut-être des Anglais, dit Fredet en souriant; mais assurément il ne dormirait pas, s'il connaissait les nouvelles.—Il les saura toujours assez tôt, reprit Hermine; le somme et la nourriture lui rendront les forces qu'il faut pour aller à la guerre...—Il n'ira point, sur ma vie! s'écria la duchesse: je ne veux pas mourir, en pleurant sa mort!—Retournez en votre chambre, ma très-excellente dame, et s'il se peut, imitez monseigneur qui dort de grand courage. Nous apprendrons demain si l'armée du roi de France a taillé en pièces l'armée du roi d'Angleterre, et si monseigneur d'Orléans est encore au lit.
Ils sortirent tous de l'appartement du prince.
Celui-ci, qui avait entendu cette conversation, ne douta plus que la guerre ne fût rallumée en France. Il était sur le point d'interpeller la duchesse et Fredet, de demander des explications qu'on n'eût pas osé lui refuser, et même de partir à l'instant pour se transporter là où sa présence serait utile; mais un geste d'intelligence, que lui adressa Hermine de Lahern en se retirant, le retint dans son sommeil simulé et lui donna la patience d'attendre.
Il avait bien deviné que sa femme s'opposait à ce qu'il fût instruit des événements, dans la crainte qu'il ne voulût y prendre part. Il n'eut d'ailleurs qu'à se rappeler toutes les circonstances du retour de Fredet et de Philippe de Boulainvilliers, pour être certain qu'on lui avait caché un secret important.
Il espéra donc que la damoiselle de Lahern ne tarderait pas à venir lui révéler ce secret. Il prêtait l'oreille au moindre bruit; il croyait, à chaque minute, que la porte se rouvrait; il se soulevait sur le coude pour mieux écouter les rumeurs du dehors: il se figurait, dans sa préoccupation, entendre au loin des détonations d'artillerie et des cliquetis d'armes.
Enfin, ses paupières s'abaissèrent, son agitation s'apaisa, et il tomba par degrés, malgré lui, dans un profond sommeil.
La duchesse d'Orléans n'avait pas moins besoin de repos; mais elle ne s'y livra qu'après avoir fait promettre à Fredet et à Hermine de Lahern de veiller sur le prince et de ne laisser personne s'approcher de lui jusqu'à ce qu'elle eût repris elle-même son poste de gardienne ou plutôt de geôlière.
—Je vous jure ma foi, très-honorée dame, avait dit avec émotion la damoiselle de Lahern, que je ne quitterai pas monseigneur et que je le garderai en votre lieu et place!