La duchesse dormait donc pendant que Fredet et sa jeune compagne veillaient, en échangeant quelques paroles à voix basse, dans une petite galerie qui précédait la chambre du prince.
VIII
Il était environ dix heures du soir; le château tout entier semblait enseveli dans les ténèbres et dans le silence.
On n'entendait pas d'autre bruit que le grincement des girouettes de fer sur les tourelles et les cris des chouettes perchées sur les créneaux. Le couvre-feu était sonné depuis longtemps, et aucune lumière ne brillait aux fenêtres, excepté à celle de la chambre du duc d'Orléans.
Un homme venait d'entrer dans cette chambre avec une lampe qu'il posa sur le plancher.
Le duc, qui s'éveilla en sursaut dans le cours d'un rêve où les Anglais avaient joué un rôle belligérant, ne fut pas peu étonné de voir, à quelques pas devant lui, un page ou écuyer, couvert d'armes brunies et la visière baissée.
Il crut, au premier moment, que c'était un assassin qui venait le frapper dans son sommeil, et il se disposait à chercher de quoi se défendre, lorsque ses appréhensions furent calmées aussitôt par la contenance respectueuse de l'inconnu qui avait mis un genou en terre et qui lui présentait une lettre scellée de cire rouge à deux lacs de soie pendants.
—Qui es-tu? demanda le prince, avant de prendre cette lettre: d'où viens-tu? que veux-tu?—Mon redouté seigneur, reprit l'écuyer avec une voix douce et tremblante que Charles d'Orléans n'entendait pas pour la première fois, je viens, de la part du roi notre sire, vous apporter ces lettres et vous prier d'y avoir égard; quant à ce que je suis, ne doutez pas que je ne sois votre très-humble serviteur.
Le duc prit la lettre sans aucune défiance, en brisa les cachets et la lut tout bas, tandis que le messager tenait la lampe élevée en l'air, de manière à l'éclairer dans sa lecture, qui l'impressionnait visiblement.
La lettre était ainsi conçue: