Des chevaux étaient là, tout sellés, avec une escorte de quelques gens d'armes commandés par le capitaine Annebon, qui mit un genou en terre, sans bien se rendre compte si cet hommage s'adressait au duc d'Orléans ou à la damoiselle de Lahern.
Le duc d'Orléans n'avait donc plus à balancer: il se mit en selle et donna le signal du départ.
IX
La route fut longue et pénible, surtout pour le prince qui était encore affaibli comme s'il relevait d'une maladie véritable: il eut pourtant le courage de faire en trois jours plus de vingt-cinq lieues, pour atteindre l'armée des Français, qui était campée dans les plaines d'Azincourt, vis-à-vis l'armée anglaise qu'elle enveloppait de tous côtés.
Le prince, harassé de la route qu'il avait faite à franc étrier, n'eut pas le temps de se reposer avant la bataille.
C'était le vendredi, 25 octobre: il faisait à peine jour, quand les Français, impatients d'écraser un ennemi qui paraissait incapable de leur résister, se précipitèrent en tumulte, sans tenir compte de l'ordonnance du combat que les chefs avaient arrêtée entre eux.
Les princes et les seigneurs donnèrent eux-mêmes l'exemple de ce désordre en voulant combattre les premiers; mais les Anglais formaient une masse compacte et immobile, protégée par leurs archers qui lancèrent une grêle de traits. La cavalerie française, étonnée de ce rude accueil, recula et mit en désarroi l'infanterie qui la suivait et qui manquait d'espace pour se développer.
Ce fut une mêlée effroyable, qui s'augmentait sans cesse du mouvement continuel des troupes dans la même direction.
Les archers anglais tiraient toujours au milieu de cette mêlée, où chaque coup portait, où les chevaux en tombant écrasaient les hommes, où ceux qui auraient dû s'entr'aider luttaient les uns contre les autres, où d'horribles clameurs d'effroi et de désespoir empêchaient la voix des chefs de se faire entendre, où la retraite était devenue aussi impossible que le combat.
L'armée française fut perdue avant de s'être rangée en bataille.