Vainement les seigneurs essayèrent-ils de rétablir un peu d'ordre parmi ces insensés, qui jetaient leurs armes ou qui s'en servaient au hasard; vainement firent-ils des efforts inouïs pour enfoncer le corps d'armée des Anglais.

Ceux-ci refermèrent leurs rangs derrière une poignée d'assaillants qui les avaient rompus, et il n'y eut pas de prisonniers.

Le duc d'Orléans resta enseveli sous un monceau de cadavres.

Alors commença le carnage: les Anglais égorgèrent avec leurs épées ou leurs poignards, assommèrent avec leurs maillets de fer une foule de malheureux qui ne se défendaient plus ou qui s'offraient à rançon.

Le roi d'Angleterre avait fait crier, au son de la trompette, que chacun, sous peine de la mort, tuât ses prisonniers. Cet ordre barbare s'exécuta de toutes parts, jusqu'à ce que la lassitude suspendît le massacre.

Plus de dix-huit mille hommes avaient péri du côté des Français, presque tous appartenant à la noblesse; parmi eux, on comptait les plus grands seigneurs de France, plusieurs princes du sang, plusieurs grands officiers de la couronne, le connétable, l'amiral, et les meilleurs gentilshommes.

Toutefois, malgré l'ordre du roi d'Angleterre, qui avait eu peur de sa victoire contre un ennemi si supérieur en nombre, il y eut encore bien des prisonniers de distinction auxquels on accorda la vie sauve. Les Anglais n'eurent pas seize cents morts pour leur part.

Le soir de cette déplorable journée, deux femmes, vêtues de l'habit des religieuses augustines, parcouraient, en sanglotant et en se lamentant, le champ de bataille couvert de sang et de débris, de mourants et de morts.

Le costume religieux de ces femmes les faisait respecter des maraudeurs qui dépouillaient les cadavres et qui les eussent dépouillées elles-mêmes, si elles avaient été vêtues selon leur condition.

C'était la duchesse d'Orléans, accompagnée d'Isabeau de Grailly.