Celle-ci poussa un cri de joie et de douleur en se jetant sur un blessé qui l'avait reconnue et qui l'appelait par son nom.

C'était Philippe de Boulainvilliers.

—Et monseigneur? lui demanda Bonne d'Armagnac, avec un trouble inexprimable qui se peignait dans ses yeux fixes, remplis de larmes.—Il est mort! répondit le sire de Boulainvilliers: il était là, près de moi qui veillais encore sur lui, après qu'il eut rendu son âme à Dieu!...—Où est-il? s'écria d'une voix sourde la duchesse dont la raison s'égarait: ne pourrai-je l'embrasser, tout mort qu'il est! Mort! mort! Et moi, moi!... Morte de deuil en pleurant tant de morts.

La duchesse d'Orléans ne recouvra pas la raison: elle mourut peu de jours après, en répétant sans cesse ce fatal horoscope, sans avoir appris que son mari vivait.

On avait trouvé le duc, criblé de blessures, mais respirant encore, sous un amas de cadavres.

Son écuyer, qui n'était autre qu'Hermine de Lahern, lui avait fait un rempart de son corps, et avait reçu la moitié des coups qui lui étaient destinés.

Tous les deux restèrent prisonniers des Anglais et furent menés en Angleterre, où la captivité de Charles d'Orléans se prolongea pendant vingt-cinq années.

La damoiselle de Lahern réalisa ainsi la prophétie qui la concernait: Prison auras avec ton gentil maître.

Isabeau de Grailly ne pouvait manquer de voir également se confirmer son horoscope; elle avait soigné les blessures de son fiancé, Philippe de Boulainvilliers, et elle put se dire en l'épousant: Mariage est la fin de tes ennuis.

Quant à Fredet, qui eût volontiers imité cet exemple en se mariant avec la damoiselle de Lahern, il attendit qu'elle fût de retour en France pour s'apercevoir qu'il avait attendu trop tard pour se marier.