Pendant tous ces bavardages, Jacquot et l'enfant évanoui faisaient le centre d'un autre groupe; un médecin, qui se trouvait là par hasard, donnait des soins au petit garçon, qui n'était pas blessé, mais qui avait dû perdre connaissance en se sentant frôlé par le sabot d'un cheval. Il avait encore les yeux ouverts lorsque Jacquot l'avait saisi et emporté dans ses bras, comme un ange gardien, au milieu des chevaux qui se cabraient sous le fouet des cochers épouvantés.

L'enfant ne revenait pas à lui; le docteur lui avait déjà fait respirer des sels et lui avait fait avaler, en écartant les dents avec une lame d'acier, une cuillerée d'un cordial qu'il portait toujours sur lui en cas d'accident.

«L'évanouissement se prolonge, dit-il enfin à Jacquot, il faudrait reconduire ce petit chez ses parents. Où demeure-t-il? Qui est-il? Avec qui était-il?

—Ma fine! monsieur le docteur, je n'en sais rien; mais je pense que cette femme qui pousse des soupirs là-bas vous renseignera mieux que moi. M'est avis qu'elle ne sera pas fâchée de trouver à qui parler, car elle me paraît avoir la langue bien pendue! Je vais tâcher de trouver une bonne voiture; pendant ce temps-là, demandez à la pie borgne l'adresse du petit pâlot, et puis, fouette cocher!

—Tu as raison, mon ami. Hâte-toi de ramener une voiture, découverte, si c'est possible.»

Jacquot revint presque aussitôt et fut très étonné de trouver le docteur seul auprès de l'enfant, toujours immobile.

«Me voilà, monsieur le docteur.

—Aide-moi à porter le petit dans la voiture; sa gouvernante est partie en avant dans le coupé qui les attendait; elle va prévenir la mère tout doucement. Cette dame est malade, à ce qu'il paraît, il lui faut de grands ménagements.

—Voilà l'enfant bien étalé sur les coussins; monsieur le docteur, avez-vous encore besoin de moi?

—Mais certainement, mon garçon, quand ce ne serait que pour te présenter à la mère de ce pauvre petit, qui te doit bien positivement la vie.