Il avait promis à son père de lui rapporter un beau vêtement bien chaud, un habit bleu, une culotte jaune et un gilet à fleurs!
Il avait promis à sa grande sœur une jolie croix d'or; à son frère aîné, une grosse montre d'argent; à Pierrot, des souliers tout reluisants, comme on en voit aux messieurs de Genève; à Claudine, un tablier de soie; à Jeannette, une belle poupée avec des dentelles dorées, et au petit frérot qui ne marchait pas encore, une robe en flanelle ornée de raies rouges.
Voilà bien des promesses! et Jacquot n'est pas Gascon, puisqu'il est né à Martigny, en Suisse: son père travaille, sa mère travaille, les frères et sœurs imitent les vieux: Jacquot veut travailler aussi!
Mais il rêve de devenir riche comme maître Antoine, le sabotier de la vallée, qui a marié ses filles avec de grosses dots: au moins trois cents francs à chacune, oui-da! Eh bien! ce sera lui qui dotera ses sœurs: la belle Rose, la gentille Claudine, la mignonne Jeannette, et les autres encore, si le bon Dieu lui en envoie d'autres.
La bonne Gertrude a bien pleuré en se séparant de «son p'tit homme» si gai, si tendre, si malin et si jeune, hélas!
Neuf ans! il n'a que neuf ans; et le laisser partir tout seul pour Paris, le gouffre terrible où les enfants se perdent!
Mais Jacquot a son idée: il veut aller là où l'argent roule, là où l'or reluit! Il veut faire une moisson de jaunets, et revenir ensuite se fixer dans la douce vallée, au sein de sa famille, dont il aura fait le bonheur.
«Ah! notre homme, s'écriait Gertrude, vas-tu bien permettre qu'il s'en aille? Que deviendra-t-il à Paris? Ne te rappelles-tu pas que la fille de notre cousine la Boitelle est partie un jour comme lui, et qu'elle n'est pas revenue?
—C'était une fille, ma femme, et les filles, c'est plus susceptible que les garçons.