La maison de Charlemagne empereur s'appela le sacré palais. On vit paraître une espèce de constitution pour ce sacré palais (ordo sacre palatii). Les anciens offices de la couronne et maison furent conservés avec leurs attributs féodaux, tels que l'inamovibilité pendant la vie du titulaire et la juridiction sur les ouvriers des professions correspondantes à leurs fonctions, juridiction qui de ces ouvriers faisait de véritables sujets. Mais d'abord ils se trouvèrent mêlés avec des officiers nouveaux que l'empereur créa simples officiers de sa maison, qu'il nommait et révoquait à volonté. On confondit les grands officiers de la maison seulement, avec ceux de la maison et couronne. En second lieu ceux-ci se trouvèrent subordonnés à un de ces officiers nouveaux de la maison, dont l'autorité impériale avait beaucoup à espérer et rien à craindre. Enfin ils étaient aussi ramenés, par l'ascendant des nouvelles pompes de la cour, et plus encore par celui du monarque, à la condition d'officiers de la maison, qu'ils avaient méprisée sous la première race, en devenant officiers de la maison et couronne.

Voici la liste des grands officiers de la maison, et des grands officiers de la maison et couronne de Charlemagne, comme Adalhar, abbé de Corbie, la consigna par l'ordre du monarque dans le livre intitulé Ordo sacri palatii:

On compta donc au moins dix grands officiers dans le sacré palais, au lieu de cinq qu'avait réunis la cour des rois de la première race.

L'apocrisiaire (apocrisiarius) était ce principal officier de la maison auquel le roi subordonna et les nouveaux officiers de la maison, et tous les officiers de la maison et couronne.

Les rois de la première race depuis Clovis avaient eu un oratoire ou chapelle dans le palais: les desservants s'appelaient chapelains, et l'un d'eux au-dessus des autres archichapelain. Ce fut l'archichapelain que Charlemagne fit premier officier du sacré palais, sous le titre d'apocrisiaire, et en ajoutant à ses fonctions anciennes celles que le titre d'apocrisiaire indique, c'est-à-dire de répondre à toutes les questions qui pouvaient lui être faites pour la direction des consciences. L'apocrisiaire servait de conseil à tous les officiers du palais; tous étaient obligés de le consulter dans les cas douteux. Il avait la connaissance de toutes les affaires bénéficiales du royaume, et juridiction sur le clergé, à la charge de référer au roi dans les grandes occasions. Il était d'ailleurs un intermédiaire utile entre le souverain pontife qui venait de consacrer la nouvelle dynastie en France, qui la reconnaissait comme souveraine en Italie, et en avait besoin contre les prétentions légitimes de l'empereur d'Orient. Enfin c'était aussi un chef national donné à une religion qui commençait à unir étroitement les Francs et les Gaulois, et à former des uns et des autres ce corps de nation appelé depuis la nation française. Cet officier ecclésiastique, qui primait dans la maison du roi, en soumettait tous les officiers à une autorité purement spirituelle, sans avoir, comme un maire, chef de l'armée, la faculté de faire servir leur soumission à son ambition et à la ruine du trône.

Le grand chancelier (cancellarius summus) était chargé de certifier la signature des grands officiers de la maison et couronne au bas des actes royaux, et d'écrire le nom de chaque signataire, parce que leur seing n'était d'ordinaire qu'un chiffre, quelquefois un trait informe. Le chancelier écrivait à côté: signature d'un tel[20], et ensuite le nom en toutes lettres. Il était le chef des notaires et secrétaires du roi. C'était une partie du service de la couronne, une fonction publique et non domestique.

Le chambrier (camerarius) n'était pas seulement un officier d'ostentation impériale, comme le croit Favin, qui, pour en justifier l'établissement, emploie l'argument banal de la nécessité où sont les rois d'imposer aux peuples par la représentation. «Le grand roy Salomon, dit-il, ne se monstroit jamais en public qu'avec sa belle robe blanche comme la neige, monté sur un charriot très riche et très bien tiré; sa garde et sa suite superbement vestue d'escarlatte tyrienne, et jusqu'à leurs cheveux et perruque laquelle estait poudrée de papillotes[21] et limaille d'or, ce dit Josephe au liv. VIII, chap. ii; de sorte que leurs testes resplendissoient merveilleusement aux rayons du soleil.» L'auréole, dont tant de publicistes ont exalté la nécessité pour faire respecter les rois, ne ressemble pas mal à la poudre d'or qui faisait reluire les perruques de la garde de Salomon. Le système qui place les titres des rois au respect des peuples, non dans leur tête, mais autour, n'a pas, comme on voit, le mérite de la nouveauté. Mais revenons. Le chambrier, disais-je, n'était pas seulement un officier de parade; il était du conseil du roi; il assistait et prenait part à la délibération des actes royaux; il avait séance aux assemblées de la nation; il était électif.

L'office de comte du palais (comes palatii) fut réduit par Charlemagne à rendre la justice dans le palais, en matière civile, comme l'apocrisiaire en matière ecclésiastique. Ce prince attribua au sénéchal le commandement des officiers de la bouche, qui, sous la première race, regardait le comte du palais. Le comte du palais, continuant à rendre la justice souverainement sur l'appel des ducs et des comtes[22], demeura donc essentiellement officier de la couronne, homme de l'état.

Le sénéchal (seneschalcus) fut créé par Charlemagne, qui était homme d'ordre, qualité nécessaire à un prince. Le nom de sénéchal est formé de deux mots allemands qui signifient homme ou maître de la famille. Son office fut de gouverner le service de la table: præpositus regiæ mensæ, dit Éginhard en parlant du sénéchal; dapifer, disent un grand nombre d'ordonnances. Il avait donc à diriger le plus dispendieux et le plus abusif des services de la cour. Sous la première race, le camérier seul était chargé de surveiller la comptabilité des recettes et des dépenses. Les dépenses de la bouche cessèrent de le regarder quand le sénéchal fut établi.