La barbe avait alors autant de prix que l’or et les diamants. Un moyen sûr de se procurer de l’argent était d’emprunter sur sa barbe ou sur ses moustaches, comme fit le grand Albukerque. Une telle hypothèque offerte aux prêteurs les plus intraitables fesait sur eux l’effet d’un talisman. Oh! pourquoi sa vertu n’est-elle plus la même aujourd’hui? Ces maudits barbiers ont tout gâté. Ce sont eux sans doute qui, pour engager tout le monde à se faire raser, ont inventé le dicton: Prêter sur la barbe d’un capucin, c’est-à-dire prêter sans garantie; mais les barbiers passeront, je l’espère, et la barbe restera. Déjà son règne a recommencé parmi nous, et ce qui présage qu’il sera glorieux, c’est qu’il a été ramené par la jeune France. Honneur à ces incomparables jeunes gens qui ont si bien préludé à la restauration de la barbe par la guerre contre les perruques! quelle gloire pour eux d’être barbus dans un siècle où les barbons n’ont point de barbe!
Mais ce n’est point assez. La réforme qu’ils ont faite en appelle une autre. Le costume actuel ne saurait convenir à la majesté de la barbe. Ils doivent le supprimer. Puissent-ils adopter celui de ces héros du moyen âge dont nous admirons les portraits dans ces précieuses tapisseries qui décoraient jadis les lambris des palais des rois et des châteaux des grands seigneurs! Oh! qu’il me tarde de voir luire ce jour heureux où les habits étriqués des fashionables seront remplacés par les magnifiques vêtements de Geoffroi le barbu et de Baudoin à la belle barbe!
BARBOUILLÉE.—Se moquer de la barbouillée.
Se dit d’une personne qui débite des choses absurdes et ridicules, qui fait des propositions exagérées et extravagantes, ou d’une personne qui, ayant bien fait ses affaires, se moque de tout ce qui peut arriver et de tout ce qu’on peut dire et faire. C’est ainsi que cette locution se trouve expliquée dans le Dictionnaire de l’Académie. J’ajouterai qu’elle s’emploie aussi quelquefois pour signifier qu’on se moque de ses créanciers, et que cette acception en désigne l’origine. La barbouillée signifie proprement la cédule, ordinairement barbouillée, de l’huissier qui cite le débiteur en justice, ou le billet par lequel le débiteur s’est engagé à payer.
BARQUE.—A barque désespérée Dieu fait trouver le port.
Là où les secours humains sont inutiles, éclate la protection de Dieu. Plus l’infortune est grande, disent les Allemands, plus Dieu est près, Je grosser die Noth deste naher Gott.
Les Grecs et les Latins avaient ce proverbe: Si Dieu le veut, tu navigueras sur une claie.
BARRES.
Les barres sont un jeu de course entre certaines limites, «lequel, dit Nicot, se joue par deux bandes, l’une front à front de l’autre, en plaine campagne, saillants de leurs rangs les uns sur les autres, file à file, pour tascher à se prendre prisonniers. Là où le premier qui attaque l’escarmouche est sous les barres de celuy de la bande opposite qui sort sur luy, et cestuy sous les barres de celuy qui de l’autre part saut (s’élance) en campagne sur luy, et ainsi les uns sur les autres, tant que les deux troupes soient entièrement meslées. Ayant par advanture tel jeu prins tel nom, parce que telles bandes estoient retenues de barres ou barrières qu’on leur ouvroit, quand il estoit proclamé qu’on laissast aller les vaillants joueurs que les Latins appellent carceres.» Ce jeu, qui est semblable à celui de la palestre, chez les Grecs et les Romains, a donné lieu à plusieurs expressions proverbiales.
Jouer aux barres.