On appelle ainsi une causerie bruyante et frivole que font des femmes réunies chez une accouchée, et, par extension, un babil intarissable et insignifiant.
Cette expression était déjà proverbiale au commencement du quatorzième siècle, où le suprême bon ton exigeait que l’accouchée tînt cercle avec les amies qui venaient la visiter, et qu’elle déployât, pour les bien recevoir, un luxe de représentation aussi exagéré que sa fortune et son rang le lui permettaient. Une dame, noble et riche, en pareille circonstance, prenait soin de faire décorer sa chambre, où la réunion avait lieu, des plus beaux meubles et des plus belles tentures qu’ornaient ses chiffres et ses devises; elle y faisait étaler, comme dans un bazar oriental, ses bijoux les plus précieux et tout cet attirail de toilette que les Latins nommaient le monde féminin, mundus muliebris. Elle-même, placée sur un lit magnifique ainsi que sur un trône, se montrait aux regards merveilleusement parée et toute resplendissante de l’éclat des pierreries. On peut voir sur ce sujet des particularités curieuses dans la Cité des dames de Christine de Pisan. Voici ce qu’on trouve dans un autre ouvrage fort ancien, intitulé: le Miroir des vanités et pompes du monde. «Il y a la caquetoire parée tout plein de fins carreaux pour asseoir les femmes qui surviennent, et auprès du lit une chaise ou faudeteul garni et couvert de fleurs. L’accouchée est dans son lit, plus parée que une épousée, coiffée à la coquarte, tant que diriez que c’est la tête d’une marote ou d’une idole. Au regard des brasseroles, elles sont de satin cramoisi ou satin paille, satin blanc, velours, toile d’or ou toile d’argent, ou autre sorte que savent bien prendre ou choisir. Elles ont carquans autour du col, bracelets d’or, et sont plus phalerées que idoles ou roines de cartes. Leur lit est couvert de fins draps de lin de Hollande, ou toile cotonine tant déliée que c’est rage, et plus uni et poli que marbre. Il leur semble que serait une grande faute, si un pli passait l’autre. Au regard du chalit, il est de marqueterie ou de bois taillé à l’antique et à devises.»
Il y a un livre, imprimé en 1623, qui est intitulé: Recueil général des caquets de l’accouchée.
Elle est parée comme une accouchée.
Cette locution, dont on se sert en parlant d’une femme qui est fort parée dans son lit, doit son origine à l’usage rapporté dans l’article précédent.
ACCUSÉ.—Il faut garder une oreille pour l’accusé.
Il faut écouter celui qu’on accuse avant de le condamner.
Cette recommandation, qu’on fait particulièrement en faveur des absents, est une allusion au trait d’Alexandre-le-Grand qui, jugeant un jour une cause, se boucha une oreille avec le doigt pendant le plaidoyer de l’accusateur, et dit aux assistants: Je réserve cette oreille tout entière pour l’accusé.
ACTION.—Une bonne action ne reste jamais sans récompense.
Saint Augustin, De civitate Dei, a dit que Dieu récompense en cette vie les vertus purement humaines, comme celles des anciens Romains, parce qu’il ne les récompense point dans l’autre; et cette opinion a été la doctrine de plusieurs écoles. Il est permis, sans doute, de différer d’avis sur ce point avec saint Augustin et ses disciples; mais il faut convenir que, même dans ce monde, l’ordre naturel des événements offre souvent les plus fortes apparences d’une rétribution morale, ce qui suffit pour défendre le proverbe contre les démentis que lui donne l’ingratitude.