Entre chien et loup.

Cette expression, qui a de l’analogie avec le πρῶτη υπ̓ Αμφιλυκη des Grecs (à la première heure autour du loup), est fort ancienne en France, puisqu’on lit dans les Formules de Marculfe, auteur du VIIe siècle, Infra horam vespertinam, inter canem et lupum. Elle s’emploie pour dire: à l’heure du crépuscule du soir, lorsque n’étant plus jour il n’est pas encore nuit; sideribus dubiis. Mais ce n’est point par allusion à la difficulté qu’éprouve alors la vue de discerner les objets sans se méprendre entre ceux qui se ressemblent, sans confondre, par exemple, un chien avec un loup, ou un loup avec un chien, comme l’ont prétendu tous les glossateurs qui ont adopté pour explication ces deux vers de Baïf:

Lorsqu’il n’est jour ne nuit, quand le vaillant berger
Si c’est un chien ou loup ne peut au vrai juger.

L’expression Entre chien et loup désigne proprement l’intervalle qui sépare le moment où le chien est placé à la garde du bercail et le moment où le loup profite de l’obscurité qui commence pour aller rôder à l’entour, car c’est un usage, de tout temps observé par les bergers, de lâcher le chien ou de le mettre en sentinelle aussitôt que la chute du jour les avertit que le loup ne tardera pas à sortir du bois; et de là vient sans doute qu’on ne peut dire Entre loup et chien, comme on dit Entre chien et loup, car l’ordre des faits serait interverti.

On trouve dans des lettres de rémission de 1409: «A l’heure tarde, quæ vulgariter vocatur inter canem et lupum, à l’heure d’encour (entour) chien et leu.» Madame de Sévigné a employé substantivement l’expression Entre chien et loup, pour signifier des idées douteuses ou obscures. On lit dans sa 802e lettre à madame de Grignan: «Il me semble que vous êtes une substance qui pense beaucoup. Que ce soit du moins d’une couleur à ne pas vous noircir l’imagination. Pour moi, j’essaie d’éclaircir mes entre chiens et loups, autant qu’il m’est possible.»

Leurs chiens ne chassent point ensemble.

Les chiens savent pénétrer les sentiments de leur maître et s’y conformer. Prévenants pour ses amis, ils se déclarent contre ses ennemis, et s’éloignent même par un instinct naturel des chiens qui leur appartiennent. De là cette expression proverbiale, qu’on emploie en parlant des personnes qui ne sont pas en bonne intelligence.

Les chiens d’Orléans.

Mathieu Paris, dans la vie de Henri III roi d’Angleterre, rapporte que les Orléanais furent appelés chiens, pour être demeurés tranquilles spectateurs et même approbateurs de la violence qui fut faite aux écoliers et au clergé de leur ville par les pastoureaux, brigands dont les bandes fanatiques désolèrent la France durant la captivité de saint Louis. Il paraît que ce fut leur évêque qui les qualifia de la sorte dans une bulle qu’il fulmina contre eux à cause de leur lâche silence. Si cette origine est vraie, dit l’abbé Tuet, il faut prendre le sobriquet dans le sens du passage de l’Écriture, Canes muti non valentes latrare... chiens muets qui ne savent pas aboyer. Mais Lemaire, dans ses Antiquités d’Orléans, pense que ce sobriquet fut donné aux Orléanais parce qu’ils firent preuve de fidélité envers nos rois.

Il n’est chasse que de vieux chiens.