On allonge quelquefois le proverbe en disant: L’admiration est la fille de l’ignorance et la mère des merveilles.—Nous remarquerons, sur cette adjonction, que l’idée qu’elle exprime se retrouve dans une ingénieuse allégorie de la fable qui fait naître de l’Admiration la déesse de l’Arc-en-ciel; car Iris, fille de Thaumas, suivant la signification de Thaumas en grec, c’est Iris, fille de l’Admiration.
ADVERSITÉ.—L’adversité rend sage.
Parce qu’elle éveille la réflexion et l’expérience: c’est pourquoi Sénèque a très bien dit: Sua cuique calamitas tanquàm ars assignatur. A chacun est assignée sa part de misère, comme un art qu’il doit apprendre pour se rendre habile.
Il faut remarquer cependant que l’influence de l’adversité n’est vraiment salutaire que dans la première jeunesse, lorsqu’on peut contracter encore l’habitude de penser et de réfléchir. Passé cet âge, elle afflige plus qu’elle n’éclaire. La jeunesse, dit J.-J. Rousseau, est le temps d’étudier la sagesse; la vieillesse est le temps de la pratiquer. L’adversité ne profite que pour le temps qu’on a devant soi. Est-il temps, au moment qu’il faut mourir, d’apprendre comment on aurait dû vivre?
Ces observations philosophiques sont très bien résumées dans un proverbe écossais dont voici la traduction littérale: L’adversité est saine à déjeûner, indifférente à dîner, et mortelle à souper.
AFFAIRE.—Dieu nous garde d’un homme qui n’a qu’une affaire.
Parce qu’un homme qui n’a qu’une affaire, dit Leroux, en est ordinairement si occupé, qu’il en fatigue tout le monde.—La pensée suivante de Montesquieu semble avoir été écrite pour servir de commentaire à ce proverbe. «Les gens qui ont peu d’affaires sont de très grands parleurs: moins on pense, plus on parle. Ainsi les femmes parlent plus que les hommes: à force d’oisiveté, elles n’ont point à penser.»
Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints.
Il vaut mieux avoir affaire au roi qu’à ses ministres, et, en général, à un homme puissant qu’à ses subalternes.
Voltaire s’est amusé à rattacher l’origine de ce proverbe à un conte spirituel et plaisant, que je vais transcrire. «Il y avait autrefois un roi d’Espagne, qui avait promis de distribuer des aumônes considérables à tous les habitants d’auprès de Burgos, qui avaient été ruinés par la guerre. Ils vinrent aux portes du palais; mais les huissiers ne voulurent les laisser entrer qu’à condition qu’ils partageraient avec eux. Le bonhomme Cardéro se présenta le premier au monarque, se jeta à ses pieds et lui dit: Grand roi, je supplie votre altesse royale[4] de faire donner à chacun de nous cent coups d’étrivières. Voilà une plaisante demande! dit le roi; pourquoi me faites-vous cette prière? C’est, dit Cardéro, que vos gens veulent absolument avoir la moitié de ce que vous nous donnerez. Le roi rit beaucoup, et fit un présent considérable à Cardéro: de là vient le proverbe qu’Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints.»