On n’aperçoit pas ordinairement les défauts des personnes qu’on aime, et souvent même on prend ces défauts pour des qualités, car l’illusion est un effet nécessaire du sentiment, dont la force se mesure presque toujours par le degré d’aveuglement qu’il produit.
Le cœur a ses raisons que la raison ignore.
On voit toujours par les yeux de son affection.
Et, fût-il plus parfait que la perfection,
L’homme voit par les yeux de son affection. (Regnier, sat. 5.)
L’historiette suivante servira de commentaire à ce proverbe.
Un bon curé et une dame galante se trouvaient dans un observatoire. Ils avaient ouï dire que la lune était habitée, ils le croyaient, et, le télescope en main, tous les deux tâchaient d’en reconnaître les habitants. Si je ne me trompe, dit d’abord la dame, j’aperçois deux ombres: elles s’inclinent l’une vers l’autre. Je n’en doute point, ce sont deux amants heureux.... Eh! non, madame, s’écria le curé: les deux ombres que vous voyez sont deux clochers d’une cathédrale.—Ce conte est notre histoire; nous n’apercevons le plus souvent dans les choses que ce que nous désirons y trouver. Sur la terre comme dans la lune, des passions différentes nous font toujours voir ou des amants ou des clochers.
AFFLICTION.—L’affliction ne guérit pas le mal.
Non est auxilium flere (Ovide). Les larmes ne sont d’aucun secours. Il ne faut pas épuiser à pleurer ses peines les forces qu’on peut avoir pour les adoucir. Le temps le plus mal employé, dit le duc de Lévis, est celui qu’on donne à ses regrets, à moins qu’on n’en tire des leçons pour l’avenir.
Scapin fait un excellent calcul lorsque, au lieu de s’affliger, il rend grâce à Dieu de tout le mal qui ne lui est point arrivé.