Corps-saint n’est point, comme l’ont cru plusieurs étymologistes, une corruption de corsin ou cahorsain, double nom d’usuriers italiens, qui appartenaient, dit-on, à la famille des Corsini, célèbres marchands de Florence, et qui s’étaient établis à Cahors, lesquels, étant venus à Paris, furent enlevés, dans une nuit, par ordre de l’autorité supérieure. Le mot est écrit ainsi qu’il doit l’être, et désigne réellement le corps d’un saint. Rien n’était plus commun, au moyen âge, que l’enlèvement d’une telle relique fort précieuse pour les bourgs et villes qui en avaient la possession, à cause de la nombreuse affluence de fidèles et de pèlerins qu’elle y attirait. Cet enlèvement était considéré comme une œuvre pie par ceux qui le fesaient, et ils y employaient beaucoup d’adresse, de promptitude et quelquefois de violence, pour mettre en défaut la vigilance des légitimes propriétaires. L’historien d’Abbeville dit: «Le grand nombre de corps saints que renferme l’abbaye de Sainte-Saulve, de Montreuil, n’est-il pas un témoignage de la cupidité des comtes de Flandre? Ces corps saints n’ont-ils pas été tous volés? Le nez de saint Wilbrod ne provient-il pas du prieuré de Wetz, en Hollande? le nombril de saint Adhelme, d’un monastère normand?»

COTEAU.Être de l’ordre des coteaux.

Cette expression fut très usitée dans le XVIIe siècle pour désigner de fins gourmets qu’on appelait chevaliers de l’ordre des coteaux, ou tout simplement coteaux.

Ces hommes admirables,

Ces petits délicats, ces vrais amis de tables
Et qu’on en peut nommer les dignes souverains,
Savent tous les coteaux où croissent les bon vins;
Et leur goût leur ayant acquis cette science,
Du grand nom de coteaux on les appelle en France.

(De Villiers, coméd. des Coteaux, ou marquis friands.)

«Le dîner de M. Valavoir effaça entièrement le nôtre, non par la quantité des viandes, mais par l’extrême délicatesse qui a surpassé celle de tous nos coteaux.» (Madame de Sévigné, lettre 124.)

«Il y a des grands qui se laissent appauvrir et maîtriser par des intendants, et qui se contentent d’être gourmets ou coteaux.» (La Bruyère.)

Certain hâbleur à la gueule affamée,

Qui vint à ce festin, conduit par la fumée,
Et qui s’est dit profès dans l’ordre des coteaux,
A fait, en bien mangeant, l’éloge des morceaux.