C’est une cruche sans anse.
C’est-à-dire un sot difficile à manier, et sur lequel la raison n’a point de prise, un animal indécrottable.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise.
A force de retomber dans les mêmes fautes ou de s’exposer au danger, on finit par y périr.—Proverbe qu’on trouve appliqué aux templiers dans une chronique manuscrite en vers qui est citée par M. Raynouard, et qui paraît être du commencement du XIVe siècle. Tant va pot à eue (eau) qu’il brise.
On connaît la variante grivoise que Beaumarchais a faite à ce proverbe, Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle s’emplit.
CUIR.—Faire un cuir.
Sous le règne de Louis XIV, vivait un personnage célèbre dans les rues de Paris, Philibert le Savoyard, dont d’Assoucy a tracé le portrait burlesque, dans la relation de son voyage de Châlons-sur-Saône à Lyon, et dont Boileau a fait mention dans les vers suivants de sa neuvième épître:
Le bel honneur pour vous, en voyant vos ouvrages
Occuper les loisirs des laquais et des pages,
Et souvent, dans un coin renvoyés à l’écart,
Servir de second tome aux airs du Savoyard!
Cet homme, aveugle comme Homère et se croyant poëte comme lui, gagnait sa vie à composer des rapsodies rimées et à les chanter sur le Pont-Neuf, son Parnasse ordinaire, près du cheval de bronze qu’il nommait son Pégase. On raconte que, pour mieux faire admirer le volume extraordinaire de sa voix, il se plaisait à la marier au carillon de la Samaritaine dont elle formait le dessus. Alors il entonnait de toute la force de ses poumons les pataqui, pataquiès du savetier, pot-pourri remarquable par ce vice d’élocution qui consiste à mettre des s et des t finals à la place l’un de l’autre ou sans nécessité. Et c’est, dit-on, d’une allusion à cette chanson grivoise, où le mot cuir était souvent répété, qu’est venue la locution populaire faire un cuir, laquelle s’emploie pour désigner une liaison de mots irrégulière et mal sonnante, à peu près dans le même sens qu’on dit, parler comme un savetier, comme un faiseur de savates.
Telle est l’explication que j’ai donnée, il y a une dizaine d’années, dans le Journal grammatical, et que d’autres journaux ont reproduite; mais aujourd’hui il me paraît plus naturel et plus exact de penser que l’expression Faire un cuir a été imaginée comme variante de l’expression Écorcher la langue, en raison de l’analogie que présentent écorcher et faire un cuir.