L’usage de danser en sortant de table n’a jamais cessé d’exister dans les fêtes villageoises. Aussitôt que les paysans ont satisfait leur appétit, ils sautent et folâtrent sur l’herbe, au son des musettes ou du tambourin, et ils se moquent des citadins qui digèrent mollement sur des canapés.
Théophraste, dans ses Caractères, a signalé comme un contre-temps ridicule l’invitation de danser faite à un homme à jeun.
Donner une danse à quelqu’un.
C’est le châtier, parce que celui qu’on châtie se débat sous les coups qu’il reçoit, et semble exécuter une espèce de danse.—Les Grecs disaient, dans le même sens: Faire chanter à quelqu’un le bonheur des tortues. Ce qui s’explique par ce passage d’une comédie d’Aristophane: «O tortues, que votre enveloppe vous rend heureuses! vous êtes trois fois plus heureuses que moi avec ma peau. Cette écaille placée sur votre dos vous empêche de sentir les coups; mais, hélas! rien ne garantit mon dos, et dès qu’on me bâtonne je suis à la mort.»
Le mot danse, au XVe siècle, était souvent employé pour signifier des remontrances, des reproches, une moralité, une leçon, une correction; et c’est pour cela qu’il servit de titre à plusieurs ouvrages, tels que la Danse macabre, la Danse des morts, la Danse des femmes, la Danse des aveugles ou Danse aux aveugles, etc.
Avant la révolution on donnait au bourreau, par euphémisme, la dénomination de maître à danser, et on le désignait même ainsi sur les registres de la chambre de la grande chancellerie. Rabelais l’appelait l’aveugle qui fait danser, parce qu’il exécute aveuglément les arrêts de la justice.
DANSER.—
Qui bien chante et qui bien danse
Fait un métier qui peu avance.
Ce proverbe, qui manque aujourd’hui de vérité, est une preuve que les chanteurs et les danseurs ne fesaient pas fortune chez nos aïeux aussi facilement que chez nous. Autres temps, autres mœurs.
DARIOLETTE.