ESTRADE.—Battre l’estrade.
Battre le pavé, perdre son temps à courir les rues, être désœuvré.—Le mot estrade, suivant Henri Estienne, ne vient point de l’italien strada, mais du latin strata, que quelques auteurs, notamment Eutrope, ont employé dans le sens de pavé, au lieu de strata via. On trouve dans Virgile, per strata viarum. L’expression Battre l’estrade et le vieux verbe estrader se disaient primitivement, au propre, en parlant de certains soldats à pied et à cheval chargés d’aller à la découverte et de battre le pays. Ces soldats étaient appelés estradiots, nom que plusieurs étymologistes font dériver du grec στρατιὠτης, soldat, parce que les premiers qui eurent cette fonction avaient été tirés de la Grèce.
ÉTAMINE.—Passer par l’étamine.
Aussitôt qu’une fois ma verve me domine,
Tout ce qui s’offre à moi passe par l’étamine.
L’étamine est le nom d’une étoffe fort mince et fort claire, dont les vieilles bourgeoises avaient coutume de se vêtir autrefois. Comme ces vieilles étaient sévères, malignes et bavardes, on disait des personnes critiquées ou tancées par elles, qu’elles avaient passé par l’étamine.—Telle est l’origine qu’on attribue à cette expression, qui peut être venue tout aussi bien d’une allusion à l’étamine ou tamis des apothicaires.
ÉTOILE.—Son étoile commence à blanchir, ou à pâlir.
Expression dont on peut faire l’application à la décadence de plus d’une qualité brillante, et dont on se sert spécialement pour marquer la chute prochaine d’un homme en faveur. C’est une double allusion à l’état des étoiles, qu’on voit blanchir ou pâlir aussitôt que le jour se lève, et à l’influence qui leur est attribuée sur la destinée humaine.—Cette rêverie astrologique a donné lieu à ces autres expressions proverbiales: Être né sous une heureuse étoile,—Être né sous une malheureuse étoile,—Ne pouvoir résister à son étoile.
ÉTRANGLER.—Je veux que ce morceau m’étrangle, si...
Ducange pense que cette formule d’affirmation métaphorique est venue d’une épreuve judiciaire qui fut introduite au commencement du onzième siècle, et qui consistait à faire avaler aux gens accusés de vol, un morceau de pain et un morceau de fromage sur lesquels on avait dit la messe. Le pain était d’orge sans levain, et le fromage de lait de brebis du mois de mai. La difficulté d’avaler ces morceaux qui pesaient chacun neuf deniers constatait la culpabilité.
Lorsque les Siamois veulent connaître de quel côté est le bon droit dans certaines affaires civiles ou criminelles, ils obligent les deux parties à prendre des pilules purgatives; et la personne qui les garde plus longtemps dans son estomac obtient gain de cause.