ÊTRE.—Connaître les êtres d’une maison.
C’est en connaître les coins et recoins, ou les endroits les plus cachés.—Cette expression est très ancienne, car elle se trouve dans le manuscrit du Roman du Renard:
Lors s’en vint droict à la fenestre
Com cil qui bien savoat l’estre.
Elle se trouve aussi dans beaucoup d’autres ouvrages de notre littérature primitive; mais il est à remarquer que le mot êtres y figure écrit de cinq manières différentes, à savoir: estres, aistres, aitres, astres, et âtres, sans que son acception varie avec son orthographe. Les étymologistes s’accordent à dire que ce mot est dérivé du latin atrium. Cependant Huon de Villeneuve, remarquant qu’il signifie quelquefois route, chemin, le fait venir de strada.
ÉTREINDRE.—Qui trop embrasse mal étreint.
Il faut mesurer ses entreprises à ses forces ou à ses moyens: celui qui entreprend trop ne réussit point.
Mais d’embrasser tant de matières
En ung coup, tout n’est pas empraint.
Qui trop embrasse, mal estraint. (G. Coquillart.)
Plus les bras sont étendus, plus leur action est bornée: ils ne saisissent bien que les objets autour desquels ils se replient. Il en est des facultés de l’esprit comme des bras. Les exercer sur trop de matières à la fois, c’est les affaiblir. Il faut les concentrer pour qu’elles aient toute leur énergie. Musschembroëck disait: Dum omnia volumus scire, nihil scimus; en voulant tout savoir, nous ne savons rien.
Pluribus intentus minor est ad singula sensus.