La lettre M marqua mille, parce qu’elle est la première du mot latin mille. Cette lettre eut d’abord ces deux formes CIƆ et CIƆ, dont une moitié, tracée ainsi IƆ ou D, constitua le demi-mille ou cinq cents. Le C, qui représenta le nombre cent, en sa qualité d’initiale du mot centum, eut primitivement cette figure C qui, coupée en deux par le milieu, donna L ou cinquante, moitié de cent.—Quant aux chiffres de la première dizaine, ils furent faits à l’imitation des doigts de la main sur lesquels on comptait, en commençant par l’auriculaire. I fut mis pour un, II pour deux, III pour trois, IIII pour quatre, V pour cinq, parce que le pouce et l’index écartés forment une espèce de V; et X, composé de deux V réunis par la pointe, valut dix, nombre égal à celui des doigts des deux mains.—Dans la suite, on réforma le chiffre IIII pour la commodité ou l’abréviation de l’écriture, et l’on eut IV, en plaçant I comme unité diminutive devant V, ce qui désigne une main moins un doigt. On mit aussi la même unité devant X, pour marquer la même diminution, et X, à son tour, servit à priver de toute la valeur numérique qu’il a les chiffres L et C qui en furent précédés, de sorte que XL devint le signe XXXX quarante, et XC de LXXXX, quatre-vingt-dix, etc.
AIMER.—Il faut aimer pour être aimé.
Proverbe rapporté par Sénèque, Si vis amari, ama, et très bien expliqué dans ce passage de J.-J. Rousseau: «On peut résister à tout, hors à la bienveillance, et il n’y a pas de moyen plus sûr de gagner l’affection des autres que de leur donner la sienne.... On sent qu’un tendre cœur ne demande qu’à se donner, et le doux sentiment qu’il cherche vient le chercher à son tour.»
La bonté, dit Bossuet, est le premier attrait que nous avons en nous-même pour gagner les autres hommes. Les cœurs sont à ce prix, et celui dont la bonté n’est pas le partage, par une juste punition de sa dédaigneuse insensibilité, demeure privé du plus grand bien de la vie humaine, c’est-à-dire des douceurs de la société.
C’est trop aimer quand on en meurt.
Ce proverbe est du moyen âge, dont il atteste la simplicité. Il n’a plus d’application dans notre siècle égoïste. On dit, au contraire, aujourd’hui: Mort d’amour et d’une fluxion de poitrine.
Mieux vaut aimer bergères que princesses.
On a voulu chercher une origine historique à ce proverbe qui est né peut-être d’une réflexion naturelle, et l’on a trouvé cette origine dans l’affreux supplice que subirent deux gentilshommes normands, Philippe d’Aunai et Gautier, son frère, convaincus d’avoir eu, pendant trois ans, un commerce adultère avec les princesses Marguerite et Blanche, épouses des deux fils de Philippe-le-Bel, Louis et Charles. Les chroniques en vers de Godefroy de Paris (manuscrits de la Bibliothèque royale, no 6812) nous apprennent que les deux coupables furent écorchés vifs, traînés, après cela, dans la prairie de Maubuisson tout fraîchement fauchée, puis décapités et pendus par les aisselles à un gibet. Quant aux deux princesses, elles furent honteusement tondues et incarcérées. Marguerite fut étranglée, dans la suite, au château Gallard, par ordre de son mari Louis-le-Hutin, qui voulut se remarier, en montant sur le trône. Blanche languit dans une longue captivité.
Aimer mieux de loin que de près.
Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers qu’Alcyone adresse à Céix (Métamorph. d’Ovid., liv. IX):