FOUETTER.Chacun se fait fouetter à sa guise.

Chacun fait comme il veut, en ce qui le touche personnellement.—Un Espagnol repris de justice était conduit sur un âne d’un lieu à un autre, et frappé à coups de fouet pendant tout le trajet, conformément à l’ancienne coutume du pays. Comme on le raillait d’affecter, en subissant sa peine, une gravité mal placée, qui l’empêchait de piquer sa bête pour la faire aller plus vite, il répondit qu’il voulait que cela fût ainsi, et qu’il était bien maître de se faire fouetter à sa guise. C’est de là, dit-on, qu’est venu le proverbe. On peut croire, avec plus de raison, qu’il a dû son origine à un autre fait que voici: Les moines, dès le onzième siècle, avaient trouvé bon de se donner mutuellement la discipline par esprit de pénitence, mais tous ne se conformaient pas à cet usage avec le même zèle. Les capucins, qui se fouettaient chaque jour vigoureusement, reprochaient aux Augustins de ne se fouetter que trois jours par semaine, avec mollesse, et ceux-ci leur répliquaient: Chacun se fait fouetter à sa guise.

La flagellation monastique n’avait d’autre lénitif que le chant du psaume Miserere, pendant la durée duquel on ne cessait de l’appliquer. Et c’est ce qui donna lieu de dire proverbialement d’un homme bien battu: Il en a eu depuis miserere jusqu’à vitulos; depuis le premier jusqu’au dernier mot de ce psaume.

FOURGON.La pelle se moque du fourgon.

Proverbe dont on fait l’application à une personne qui reproche à un autre des ridicules ou des défauts qu’elle a elle-même. Le mot fourgon désigne ici une perche à laquelle est emmanché un long morceau de fer recourbé par le bout, qui sert à remuer le bois ou la braise dans le four.—Les Espagnols disent: Dice la sartena a la caldera: Tirte alla, culo negro. La poêle dit au chaudron: Retire-toi, cul noir.

On disait autrefois: Le piètre se moque du boiteux; et par le mot piètre, formé de pes tritus (pied trituré, broyé), on entendait un boiteux des deux pieds. Ce mot n’existe plus que comme adjectif dans le sens de mesquin, chétif, de nulle valeur, en parlant des choses et des personnes.

FRANÇAIS.Parler français.

La langue française est moins susceptible qu’aucune autre d’amphibologie et d’obscurité, grâce à l’heureuse simplicité de sa construction qui, conformant presque toujours, dit M. Allou, la phrase à l’ordre direct, fait que l’enchaînement des mots s’y trouve exactement le même que celui des éléments dont se compose la pensée. Ce caractère lui est tellement propre, qu’on peut établir en axiome de grammaire que ce qui n’est pas clair n’est pas français; et c’est à cause de cela sans doute qu’elle a été choisie pour la rédaction des traités diplomatiques dont on peut dire que l’unique bonne foi c’est la clarté. Mais il faut observer qu’elle n’a pas été choisie, ainsi qu’on le croit communément, sous le règne de Louis XIV. Le congrès de Nimègue ne fit alors que consacrer l’usage dès longtemps reçu de l’employer, dans les transactions politiques, comme l’interprète la plus fidèle et comme la garantie la plus assurée qu’à l’avenir on ne sèmerait plus la guerre dans des paroles de paix.

On voit, d’après ce que je viens de dire, que l’expression parler français doit signifier: s’exprimer sans détour, sans équivoque, énoncer franchement sa pensée. C’est dans ce sens que Montaigne l’a employée en parlant des femmes qui, après avoir fait mauvais ménage avec leurs maris, paraissent inconsolables quand ils sont morts. «Est-ce pas, s’écrie-t-il, de quoy ressusciter de despit, qui m’aura craché au nez, pendant que j’estoy, me vienne frotter les pieds quand je ne suis plus? Ne regardez pas à ces yeux moites et à ceste piteuse voix. Regardez ce port, ce teinct et l’embonpoint de ces joues soubs ces grands voiles. C’est par là qu’elle parle françois

Montaigne dit encore: «Il faut parler françois, il faut montrer ce qu’il y a de bon et de net dans le fond du pot.»