FROID.—Souffler le chaud et le froid.
C’est parler tantôt pour, tantôt contre une personne ou une chose; en dire tantôt du bien, tantôt du mal, suivant les circonstances et les dispositions de ceux à qui l’on parle.
Plutarque, dans son Traité du premier froid, ch. VII, rapporte cette expression qu’il explique en disant, d’après Aristote, que quand on souffle la bouche ouverte, on exhale un air intérieur qui est chaud, et que quand on souffle les lèvres serrées, on ne fait que pousser l’air extérieur qui est froid.
On connaît l’apologue où figure un satyre qui, voyant un villageois souffler tour à tour dans ses doigts pour les rechauffer et sur son potage pour le refroidir, s’écrie: «Je n’aurai jamais amitié ni accointance avec un homme qui d’une même bouche souffle le chaud et le froid.» Cet apologue n’a pas été l’origine, mais l’application de l’expression proverbiale, qui remonte à la plus haute antiquité.
Si vous soufflez l’étincelle, il en sortira un feu ardent; si vous «crachez dessus, elle s’éteindra; et c’est la bouche qui fait l’un et l’autre.» (Ecclésiastique, ch. II, v. 14.)
FRONDEUR.—C’est un frondeur.
On sait que cette expression, employée figurément et dans un sens politique, naquit à l’époque où le cardinal de Mazarin gouvernait la France. Voici l’origine qu’elle eut, suivant Ménage. Le duc d’Orléans, dit cet auteur, s’était rendu au parlement pour empêcher qu’on y mît en délibération quelques propositions qu’il jugeait désavantageuses au ministère. Le conseiller Le Coigneux de Bachaumont engagea alors plusieurs de ses confrères à remettre la chose à une autre séance à laquelle le prince n’assisterait pas, et il ajouta qu’il fallait imiter les frondeurs qui ne frondaient pas en présence des commissaires, mais qui frondaient en leur absence, malgré les défenses de ceux-ci. (Ces frondeurs étaient des enfants de Paris qui, divisés par bandes armées de frondes, s’attaquaient à coups de pierres, prenaient la fuite quand ils voyaient accourir les agents de la police, et revenaient sur le champ de bataille, aussitôt qu’ils ne les apercevaient plus.) Quelques jours après, Le Coigneux de Bachaumont, entendant opiner quelques membres du parlement en faveur du ministre, dit qu’il allait fronder cet avis. Ses amis applaudirent à l’expression; Marigny de Nevers, poète satirique, l’employa dans ses vaudevilles contre Mazarin, et de là vinrent les mots frondeur et fronde, dont le premier servit à désigner tout opposant aux actes de ce ministre, et le second le parti de l’opposition.
FUMÉE.—Il n’y a point de feu sans fumée.
Quelque précaution qu’on prenne pour cacher une passion vive, on ne peut s’empêcher de la laisser paraître. Quelquefois même on la découvre par le soin qu’on met à la tenir secrète.
Il n’y a point de fumée sans feu.