En général, il ne court point de bruit qui n’ait quelque fondement. Les Italiens disent: Non si grida mai al lupo ch’ egli non sia in paese. On ne crie jamais au loup qu’il ne soit dans le pays.
La fumée s’attache au blanc.
La calomnie s’attache à la vertu; elle noircit l’innocence.
La fumée suit ou cherche les belles.
Ce proverbe est fort ancien, car il se trouve dans un passage d’Athénée (Deipnos. liv. VI), où un parasite dit: Comme la fumée je vole aux belles. Gilbert Cousin qui le rapporte ainsi en latin, Fumus pulchriorem persequitur, n’en donne pas l’origine. Il se pourrait qu’il fût venu de ce que les belles, mettant d’ordinaire plus de recherche que les autres dans leur parure, font choix d’étoffes blanches ou brillantes, dont la fumée ternit facilement le lustre. Il s’applique par plaisanterie aux personnes qui se plaignent de la fumée; mais il se prend quelquefois dans une acception morale, pour signifier que l’envie poursuit le mérite.
FUMIER.—L’œil du fermier vaut fumier.
La surveillance du fermier ou du maître, dans la culture de ses terres, sert autant que les engrais pour les rendre productives. Caton le censeur la regardait comme le fondement de l’économie rurale, et la recommandait en disant: Frons occipitio prior; ce que Pline le naturaliste a expliqué par cette remarque: Frontem domini plus prodesse quam occipitium non mentiuntur. On a bien raison de dire que le front du maître est plus utile que son occiput.
FURIE.—La furie française.
Cette expression date, dit-on, de la bataille de Fornoue que Charles VIII remporta, en 1495, sur les troupes réunies du pape, de l’empereur et de la république de Venise. Les ennemis, au nombre de trente-cinq à quarante mille hommes, furent culbutés par seize mille Français et prirent la fuite, incapables de se rallier, en s’écriant: Non possiamo resistere a la furia francese; paroles que Le Tasse a rappelées dans le septième chant de la Jérusalem délivrée, pour caractériser la valeur impétueuse de notre nation, l’impeto franco.
Quelque accréditée que soit l’origine que je viens de rapporter, elle ne me paraît pas admissible. La furie française était proverbiale longtemps avant la bataille de Fornoue. Gilbert Cousin, qui écrivait trente-cinq ans après cet événement, n’en a pas même parlé dans l’article de ses Adages intitulé: Gallica furia. Il a donné pour fondement à cette expression la remarque faite par César et par quelques autres historiens, que les habitants des Gaules ont toujours été à la guerre plus que des hommes dans le premier choc, et moins que des femmes dans le second. «Telle est la nature et la complexion des François, dit Rabelais (liv. IV, ch. 48), qu’ils ne valent qu’à la première poincte; lors ils sont pires que des diables: mais s’ils séjournent, ils sont moins que femmes.»