GRAIN.—Être dans le grain.
Être à son aise, être dans quelque affaire avantageuse.—Métaphore empruntée des animaux qui sont nourris de grain et qui en ont plus qu’il ne leur en faut.
GRAISSER.—Graisser la patte à quelqu’un.
Le gagner en lui fesant un cadeau ou lui donnant de l’argent. La Mésangère a prétendu que le mot patte désignait ici un pied de chevreuil ou autre bête fauve, suspendu à un cordon de porte, et il s’est fondé sur l’expression plus récente graisser le marteau, c’est-à-dire, donner la pièce au portier d’une maison dont on veut se faciliter l’entrée. Mais ce mot doit s’entendre de la main de l’homme qui se laisse corrompre par un présent. Dans le temps où l’on payait la dime de carnibus porcinis (des chairs de porc), Graisser la patte s’employait littéralement pour exprimer l’action d’un redevancier qui remettait, de la main à la main, au commissaire-dimeur quelque portion de la denrée soumise au droit, dans la vue de capter sa bienveillance ou d’apprivoiser sa rigidité[52]. Les solliciteurs donnaient aussi du lard aux personnes qu’ils voulaient intéresser en leur faveur. Le lard était au moyen-âge un mets fort estimé et il jouissait de tous les priviléges dont les poulardes du Mans et les dindes truffées sont aujourd’hui en possession.
GRAPIN.—Se noyer dans la mare à Grapin.
Cette espèce de proverbe qu’on emploie en parlant d’un discoureur qui perd le fil de ses idées et reste court, est un mot de Pierre Emmanuel de Coulanges. Cet aimable chansonnier, proche parent et ami de madame de Sévigné, occupait une charge de conseiller au parlement, quoique son caractère léger et jovial le rendit peu propre aux graves fonctions de la magistrature. Un jour qu’il rapportait, aux enquêtes du palais, l’affaire d’une mare d’eau que se disputaient deux paysans, dont l’un se nommait Grapin, il s’embrouilla dans le détail des faits, et, interrompant brusquement sa narration, il dit aux juges: «Pardon, messieurs, je sens que je me noie dans la mare à Grapin, et je suis votre serviteur.» Le lendemain il vendit sa charge, et ne songea plus qu’à faire de jolies chansons et de bons diners.
GRATTE-CUL.—Il n’est point de si belle rose qui ne devienne gratte-cul.
Il n’y a pas de si belle personne qui, en vieillissant, ne devienne laide. Les Italiens disent: Non fû mai cosi bella scarpa che non diventasse brutta ciabatta; il n’y a jamais eu si beau soulier qui ne soit devenu laide savatte.
Non semper idem floribus est honos
Vernis... (Horace, lib. II, od. II.)
Les fleurs du printemps ne conservent pas toujours leur beauté.