Vers qui présentent heureusement les deux acceptions de notre expression proverbiale; car le fabuliste, tout en parlant dans le sens moral, a voulu rappeler aussi le sens propre, par allusion au plumage noir et blanc de la pie.

HABITUDE.L’habitude est une seconde nature.

Ferme in naturam consuetudo vertitur. (Cicéron, de invent., lib. I, cap. 2.) L’habitude est un composé des impressions répétées que font sur nous l’instruction, l’exercice, l’opinion et l’exemple. Une fois qu’elle est établie, elle n’a pas moins d’empire que la nature avec laquelle elle se confond si bien, qu’un philosophe n’a pas craint de dire: On appelle l’habitude une seconde nature, et peut-être la nature n’est-elle qu’une première habitude.

HAIE.N’approchez pas des haies.

Dans un village du Poitou, une femme, après une grosse maladie, tomba en léthargie. On pensa qu’elle avait perdu la vie, on l’enveloppa d’un linge seulement, selon la coutume des pauvres gens du pays, et on la porta au cimetière. Les porteurs ayant passé à travers des buissons, les épines la piquèrent, et elle revint de sa léthargie, si bien qu’elle vécut encore quatorze ans. Au bout de ce temps, elle mourut, ou du moins son mari crut qu’elle était assez morte pour être enterrée. Il la fit porter de nouveau au dernier asile, et lui-même voulut accompagner son corps; mais en arrivant à l’endroit des buissons, il s’écria à plusieurs reprises: N’approchez pas des haies. Ce qui devint un proverbe dont le sens moral est: ne fréquentez pas les gens qui peuvent vous faire du mal; éloignez-vous de la société des méchants.

HALLEBARDE.Cela rime comme hallebarde et miséricorde.

Cela ne rime pas du tout.—Certain parémiographe a prétendu qu’il faut entendre ici par miséricorde une dague de ce nom[53], avec laquelle les hommes de guerre d’autrefois achevaient un ennemi terrassé, en l’enfonçant dans le défaut de son armure, et il a indiqué l’extrême différence de la miséricorde, arme très courte qu’on portait à la ceinture, et de la hallebarde, arme très longue qu’on portait sur l’épaule, comme raison du proverbe employé, suivant lui, pour ridiculiser l’assimilation de deux choses disproportionnées ou disparates.

Cette origine ne me paraît pas admissible, en voici une autre qui est rapportée dans plusieurs recueils, et qui a du moins le mérite d’être fort plaisante, si elle n’a pas celui d’être vraie.

Un petit boutiquier de Paris, nommé J. Cl. Bombet, fort ignorant de tout ce qui ne concernait pas son petit négoce, eut le chagrin de voir mourir le suisse de l’église Saint-Eustache, avec lequel il était très lié. Il voulut rendre ses regrets publics, en composant pour feu son ami une belle épitaphe, mais la grande difficulté était de la faire en vers, car il n’avait aucune espèce de notion sur la poésie. Il s’adressa à un maître d’école qui n’en savait guère davantage, et lui demanda quelles étaient les règles de cet art. Le magister, d’un air doctoral, lui répondit que, quoiqu’une pièce de vers dût rouler sur un sujet unique, il fallait néanmoins, autant qu’il était possible, que chaque vers pût présenter en lui-même une idée indépendante, que, quant à la rime, il était nécessaire que les trois dernières lettres du second vers fussent les mêmes que les trois dernières du précédent. Le bonhomme retint bien cette leçon, et, après beaucoup de travail, il accoucha du quatrain suivant:

Ci gît mon ami Mardoche.