Ce proverbe est, dans l’application qu’on en fait, une critique déguisée sous la forme de la louange, une manière ironique d’excuser la sottise. Il est fondé sur cette vérité incontestable que l’auteur d’une hérésie doit allier à l’énergie du caractère l’exercice des facultés intellectuelles; car on ne remue point les hommes sans ces deux puissants leviers. M. de Châteaubriand, dans ses Études historiques, a très bien montré l’affinité des hérésies et des systèmes philosophiques: «L’hérésie, dit-il, cette branche gourmande du christianisme, ne cessa de pousser avec vigueur, et reproduisit de son côté le fruit philosophique dont le germe l’avait fait naître.» Il s’est rencontré dans cette pensée avec Tertullien et avec saint Jérôme. Le premier accusait les écrits de Platon d’avoir fourni la matière de la plupart des hérésies, et le second disait que les erreurs des hérétiques avaient toujours eu leur repaire dans les broussailles de la métaphysique d’Aristote.

HÉRITIER.Un troisième héritier ne jouit pas des biens mal acquis.

Ce proverbe est traduit de ce vers latin:

De male quæsitis non gaudet tertius hæres.

Il a pour pendant cet autre proverbe: Qui bien acquiert possède longuement.

N’est héritier que celui qui jouit.

Il ne faut compter sur un héritage que lorsqu’on le tient. Un autre proverbe dit: Qui attend les souliers d’un mort, risque d’aller pieds nus.

HÉROS.Il n’y a point de héros pour son valet de chambre.

On croit que ce proverbe a été inventé par le maréchal de Catinat, qui disait: Il faut être bien héros pour l’être aux yeux de son valet de chambre. La pensée qu’il exprime se trouve dans le passage suivant de Montaigne: «Tel a été miraculeux au monde à qui sa femme et son valet n’ont rien vu seulement de remarquable. Peu d’hommes ont été admirés par leurs domestiques. Nul n’a été prophète non-seulement en sa maison, mais en son pays, dit l’expérience des histoires.» (Ess., liv. III, c. 2.)