Cette locution, très usitée pour signifier des sarcasmes ou des quolibets lancés indirectement, est une allusion au scopélisme[58], crime de ceux qui jetaient des pierres dans la terre d’autrui, pour empêcher de la cultiver. Le scopélisme, né de la haine des pasteurs contre les agriculteurs, était très fréquent dans l’antiquité. Il avait lieu quelquefois dans le moyen-âge, malgré la sévérité des lois qui en condamnaient les fauteurs à la peine capitale. Il existe encore chez les Arabes nomades, qui disposent les pierres dans une forme mystique, pour avertir que ceux qui labourent le champ où elles sont placées seront poignardés.
JARDINIER.—C’est le chien du jardinier, qui ne mange pas de choux et n’en laisse pas manger.
Cela se dit d’un homme qui ne jouit pas d’une chose qu’il possède, et qui ne permet pas que les autres en jouissent. Les Grecs et les Latins disaient: C’est un chien dans une crèche, parce que le chien ne mange pas d’avoine et empêche le cheval d’en manger.
JARNAC.—Coup de jarnac.
Coup de traître, coup imprévu, et même mortel.—Quelques auteurs pensent que cette expression fait allusion au meurtre de Louis de Bourbon, tué, en 1569, sous les murs de la ville de Jarnac, par Montesquiou dont Voltaire a dit dans la Henriade:
Barbare Montesquiou, moins guerrier qu’assassin.
Suivant l’opinion la plus accréditée, elle est venue du fameux duel qui eut lieu, le 10 juillet 1547, dans la cour du château de Saint-Germain-en-Laye, en présence de Henri II, entre Guy Chabot de Jarnac et François Vivonne de Lachataigneraie. Celui-ci était l’homme le plus fort de la cour, et le plus redouté dans ces sortes de combats. Jarnac, quoique affaibli par une fièvre lente, le terrassa, au grand étonnement des spectateurs, en lui donnant inopinément un coup sur le jarret; mais il ne voulut pas lui ôter la vie, et, s’adressant au roi, dont Lachataigneraie était le favori: Sire, dit-il, je suis assez vengé si vous me croyez innocent de la mauvaise action dont j’ai été accusé par mon adversaire[59].—Me le donnez-vous, répondit Henri II.—Oui, sire, pourvu que vous me teniez homme de bien.—Vous avez fait votre devoir, reprit le monarque, et votre honneur vous est rendu.—Après cela le vainqueur fut conduit par les héraults à l’église de Notre-Dame, où il rendit grâces à Dieu et fit appendre ses armes. Cependant Lachataigneraie, honteux de sa défaite, déchira les bandages qu’on avait mis sur sa blessure, et mourut peu de jours après. Henri II fut si fâché de sa mort qu’il jura solennellement d’abolir le duel judiciaire, et en effet il n’y en eut pas d’autre depuis lors.
L’expression de coup de Jarnac a été sans doute popularisée par ce duel, mais en a-t-elle tiré réellement son origine? Il paraît qu’elle a existé antérieurement pour désigner le coup d’une espèce de poignard nommé jarnac, peut-être parce qu’il était fabriqué dans la ville de Jarnac, comme un autre poignard, dont le manche s’adapte au bout du fusil, a été nommé baïonnette de la ville de Baïonne où il a été inventé.
JARNICOTON.
Jarnidieu ou je renie Dieu, était autrefois un juron très usité dans certains moments d’impatience et de colère. Henri IV l’avait souvent à la bouche. Le père Coton jésuite, son confesseur, l’engagea à se défaire de cette mauvaise habitude, et voyant qu’il y retombait toujours: Sire, lui dit-il, s’il vous faut absolument renier quelqu’un, reniez tout autre que Dieu; reniez-moi plutôt.—Eh! bien, soit, répondit le prince; je dirai désormais je renie Coton. Il tint parole, et ce nouveau juron passa dans le langage populaire sous les termes corrompus jernicoton et jarnicoton.