Cette expression fait allusion à la lessive hermétique: elle fut originairement usitée en parlant des alchimistes ruinés à la recherche de la pierre philosophale, qu’ils prétendaient se procurer au moyen de cette lessive; elle s’appliqua ensuite aux malheureuses victimes de la passion du jeu, autre espèce d’alchimie qui conduit aussi à la misère en promettant des monts d’or, et l’application fut très naturelle, non seulement en raison de l’analogie que je viens de signaler, mais parce que les cartes à jouer étaient regardées par les adeptes comme un emblème des opérations du grand-œuvre, ce qui probablement les fit consacrer à l’usage de dire la bonne fortune.

Les vers latins suivants expliquent assez bien comment se fesait la lessive des alchimistes.

Calcinat in cinerem res ignis quaslibet; inde

Junctus aquæ cinis est nobile lixivium:

Lixivium bene concoclum sal fiet, at hic sal,

Si dissolvatur, mox oleasus erit.

Hoc oleum arcanâ si consolidabitur arte,

Laudatus sophies nascitur inde lapis.

Le feu réduit tout en cendres; les cendres mêlées avec de l’eau font une lessive excellente. Cette lessive bien cuite produit un sel qui se change en huile en se dissolvant, et cette huile rendue solide par les procédés mystérieux de la science hermétique, devient la pierre philosophale si renommée.

A laver la tête d’un Maure, on perd sa lessive.