Le méchant est la victime de sa méchanceté. Attalus dit dans Sénèque, épître 81: Maximam sui veneni partem ebibit nequitia. La méchanceté boit elle-même la plus grande partie de son poison. Suivant saint Augustin, il n’y a pas de méchant qui ne se fasse du mal à lui-même avant d’en faire aux autres; il est comme le feu qui ne consume rien s’il ne brûle lui-même auparavant. Nemo malus qui non sibi priùs noceat: sic esse putate quomodo ignem; nisi ardeat non incendit (in Psalm. 34).

Saint Augustin remarque encore que l’homme est méchant de peur d’être malheureux, et qu’il est encore plus malheureux parce qu’il est méchant. Ne miser sit, malus est; et ideo miser est quia malus est (in Psalm. 32).

«Jamais ne comprendrons-nous, s’écrie Bossuet, que celui qui nous fait injure est toujours beaucoup plus à plaindre que nous qui la recevons; que lui-même se perce le cœur pour nous effleurer la peau, et qu’enfin nos ennemis sont des furieux qui, voulant nous faire boire pour ainsi dire tout le venin de leur haine, en font eux-mêmes un essai funeste, et avalent les premiers le poison qu’ils nous préparent?»

MÉDAILLE.Toute médaille a son revers.

Chaque chose peut être considérée sous deux faces différentes. Il n’y a pas de bonne affaire qui n’ait son mauvais côté.

Les revers des plus belles médailles anciennes sont presque tous négligés, et c’est là ce qui a donné lieu au proverbe. Mais pourquoi ces revers sont-ils négligés? Serait-ce par flatterie? a dit quelque part Diderot. Aurait-on voulu que rien ne luttât avec l’image du prince?

MÉDARD.

S’il pleut le jour de saint Médard,
Il pleut quarante jours plus tard.

Je regarde saint Médard comme un des meilleurs saints du paradis, et je ne puis croire qu’il soit l’auteur des longues pluies qui tombent trop souvent dans les mois de juin et de juillet. Est-il croyable, en effet, qu’après s’être montré constamment le bienfaiteur des habitants de la campagne, durant son séjour sur la terre, il cherche à leur nuire, depuis son installation dans le ciel, et se donne là-haut le singulier passe-temps d’amonceler des nuages pour noyer leurs fruits et leurs blés? D’ailleurs sur quoi se fonderait une imputation pareille? Toutes les observations météorologiques ont constaté que saint Médard, arrivant à une époque où la nature ne songe point encore à devenir variable, ne saurait produire, ni présager aucune intempérie dans la saison. C’est le 8 juin qu’échoit régulièrement la fête de cet aimable fondateur de la rosière de Salency, lorsque les roses brillent dans toute leur pompe; et une circonstance si peu suspecte ferait plutôt penser que, s’il avait quelque autorité sur l’atmosphère, il aimerait mieux en préparer les plus pures influences, ne fût-ce que pour ces belles fleurs qu’il a destinées à couronner la vertu. Un si doux emploi paraîtrait du moins assorti aux habitudes de sa vie. Pourquoi donc a-t-on imaginé de lui assigner un rôle tout opposé? A quel propos l’a-t-on représenté triste et sombre auprès d’un long baromètre qui marque une pluie de quarante jours? J’ai lu quelque part, que cela pourrait avoir eu pour premier fondement une anecdote rapportée par les légendaires. Cette anecdote dit, que saint Médard se trouvait un jour au milieu des champs en nombreuse compagnie, lorsqu’une forte averse fondit tout à coup d’un ciel sans nuage. Tout le monde en fut mouillé jusqu’à la peau, et lui seul n’en reçut pas la moindre goutte, attendu qu’un aigle officieux vint déployer ses vastes ailes au-dessus de sa tête, et lui servir de parapluie jusqu’au logis paternel. Mais pour rattacher à ce fait l’origine du préjugé établi à l’égard de notre saint, il aurait fallu supposer que c’était lui qui avait fait pleuvoir sur son prochain, supposition que le récit de ses pieux biographes n’autorise nullement. Il est beaucoup plus probable que si l’on a fait de saint Médard un intendant des eaux pluviales, un maître du déluge, magister diluvii, comme l’ont appelé de vieilles chroniques, c’est parce que, avant la réformation du calendrier, il avait sa fête plus rapprochée du solstice d’été, dont la présence influe réellement sur le temps. Cependant cela n’indique point la raison des quarante jours de pluie énoncés dans le proverbe. Reste à examiner ce que marque ce nombre de jours qui paraît ne pas avoir été précisé sans dessein. Ne serait-ce point une allusion au déluge? Ce grand cataclysme, suivant une tradition répandue dans le moyen-âge, commença l’année 600 de l’âge de Noé, au dix-septième jour du second mois nommé chez les Juifs Iiar, ou Zéus, quantième correspondant au 10 mai de notre calendrier, et il finit l’année suivante, après une durée de 394 jours, dont on fait ainsi le calcul.

Durée de la pluie,40jours.
Durée de l’augmentation des eaux,150
Durée de la diminution des eaux,150
Intervalle du desséchement de la terre,40
Attente pour le premier envoi de la colombe,7
Attente pour le second envoi de la colombe,7
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Total394jours.
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