Les menteurs sont habitués à débiter tant de choses, qu’il leur est presque impossible de ne pas se contredire. Pour éviter cet inconvénient, ils auraient besoin de se faire exprès une mémoire.—Ce proverbe se trouve dans le recueil des Adages des Pères de l’Église, en ces termes: Memoriam custodem habere mendacem oportet. J’ai lu quelque part qu’il fut appliqué au grammairien Didyme, qui avait traité de ridicule une histoire inventée par lui-même et insérée dans un de ses ouvrages. Ce qui n’était pas bien étonnant de la part de cet auteur qui avait composé trois mille cinq cents traités, travail prodigieux pour lequel il avait été surnommé Chalkenteros, homme aux entrailles d’airain.
MENTIR.—Il n’enrage pas pour mentir.
Feydel prétend qu’enrage est ici une altération d’enraie, qui s’écrivait autrefois enrage, et qu’il faudrait dire: Il n’enraie point pour mentir. Sur quoi l’abbé Morellet lui reproche de ne fournir aucune preuve de son assertion et d’ignorer complétement le sens du dicton qui est: Pour mentir il ne sort point de son état naturel, c’est de sang-froid et par habitude qu’il ment.—L’abbé Morellet a probablement raison contre Feydel. Cependant l’explication qu’il donne me parait laisser quelque chose à dire. Citons d’abord le dicton entier: Il est de la compagnie de saint Hubert; il n’enrage point pour mentir. Remarquons ensuite qu’on attribuait à saint Hubert le privilége de préserver de la rage tous ses parents et toutes les personnes qui étaient taillées de son étole merveilleuse, qu’un ange lui avait apportée de la part de la mère de Dieu[64]. Après cela, il sera facile de comprendre l’idée qui a déterminé l’emploi du verbe enrager dans ce dicton, qu’on applique aux chasseurs dont saint Hubert, comme on sait, est le patron.
Il y avait à Metz et en plusieurs autres endroits de la Lorraine, au XVIe siècle, une compagnie de Saint-Hubert, ou un ordre des Menteurs. Tous les membres s’engageaient par serment à ne jamais dire la vérité en fait de chasse. Les candidats juraient à genoux; les chevaliers attachaient leurs fusils par la bandoulière à des pitons enfoncés dans le tronc d’un chêne; le président siégeait sur une borne.
MERLE.—Fin comme un merle.
Le merle, disent les naturalistes, est un oiseau très fin, qui se tient en sentinelle pour avertir sa femelle et ses petits de l’approche de l’oiseau de proie. Son adresse à les garantir de ses serres, ajoutent-ils, a peut-être donné lieu à l’expression proverbiale.
S’il fait cela, je lui donnerai un merle blanc.
Expression dont on se sert pour défier quelqu’un de faire quelque chose qu’on regarde comme impossible. On croyait autrefois qu’il n’y avait point de merles blancs. Cependant cette espèce de merles existe; elle est même assez commune dans plusieurs contrées, notamment en Savoie et en Auvergne.
MÉTIER.—Qui a métier a rente.
Les Allemands disent: Jedes Handwerk hat einen goldenen Boden. Chaque métier a son fonds d’or.