Suivant un autre proverbe, la moitié du monde s’applique à médire, et l’autre moitié à écouter les médisances. Si cela est vrai, il faut en conclure que l’homme qui voulait qu’on pendit par la langue ceux qui médisent, et par les oreilles ceux qui écoutent les médisances, souhaitait la destruction du genre humain.
Une comtesse de Poitiers, nommée Alienor, disent les chartres de cette ville, avait établi des peines afflictives contre les femmes médisantes, dans un code de lois qu’elle avait rédigées elle-même en latin. Voici un article curieux de cette pénalité: «Si une femme est convaincue de médisance, elle sera liée sur un âne avec une corde, et de plus elle sera plongée trois fois dans l’eau.»
MÉLUSINE.—Faire des cris de Mélusine.
On a prétendu que Mélusine était une altération de mère Lucine, mater Lucina, déesse invoquée par les femmes en couches, et que l’expression signifiait proprement crier comme une femme qui accouche.—Cette expression a une tout autre origine: elle rappelle la fée Mélusine, dont Jean d’Arras a écrit, vers la fin du XIVe siècle, la merveilleuse histoire, que des écrivains français et allemands du XVIe siècle ont augmentée d’une infinité de détails. A les en croire, Mélusine était une fée aussi prudente qu’habile, à qui l’on doit la construction de Saintes, de La Rochelle, des châteaux de Lusignan, de Pons, d’Issoudun, et enfin tous les monuments qui subsistent encore dans le Poitou. Elle avait épousé Raimondin, comte de Poitiers, sous la condition qu’il ne s’informerait jamais de ce qu’elle devenait le samedi. C’était le jour où, après s’être métamorphosée en serpent, elle allait se jeter dans une cuve pleine d’eau. L’imprudente curiosité de Raimondin fut punie par les reproches amers de Mélusine, qui disparut aussitôt du château de Lusignan, où, suivant la tradition populaire, elle est cependant revenue plusieurs fois depuis, mais seulement dans des occasions importantes, et pour annoncer par des cris effroyables de terribles calamités, principalement lorsque quelque seigneur de la maison de Lusignan ou quelqu’un des rois de France était menacé de la mort. Brantôme nous assure que lorsque le château fut rasé par ordre de Henri III, plusieurs personnes la virent distinctement en l’air, et que les officiers de l’armée l’entendirent se lamenter comme une fauvette dont on détruit le nid et dont on dérobe les petits. On prétend qu’elle reparut, dans la suite, au milieu des décombres de l’antique manoir, pour annoncer la mort de Henri IV et de Louis XIII. Son histoire, que l’empereur Charles-Quint et la reine Catherine de Médicis voulurent apprendre sur les lieux mêmes, est connue de tous les paysans du Poitou. Aujourd’hui encore, les mères ne cessent d’en faire des récits aux petits enfants, qui pâlissent d’effroi en les écoutant.
MENTEUR.—Un menteur n’est point écouté, même en disant la vérité.
Mendaci homini ne verum quidem dicenti credere solemus. (Cicero, De divin., no 146.)
Un homme habitué à mentir se plaignait de ne trouver que des incrédules, un jour qu’il venait de dire la vérité.—Eh pourquoi, lui répliqua-t-on, vous êtes-vous avisé de la dire?
A menteur, menteur et demi.
C’est-à-dire qu’il est bon de réfuter un mensonge par un mensonge plus grand encore, comme l’enseigne l’apologue dans lequel l’homme qui prétend avoir vu un chou gros comme un chêne, trouve un plaisant qui lui répond qu’il existe une marmite grande comme une église, faite exprès pour faire cuire ce chou.
Il faut qu’un menteur ait bonne mémoire.