Il y a une explication plus simple proposée par un médecin: C’est que la peur donne un saignement de nez à certains individus, de même qu’elle donne un flux de ventre à certains autres.

Voici une origine historique qui me semble très admissible:

Pendant la peste qui, après avoir dépouillé l’Afrique et l’Asie, ravagea l’Europe et particulièrement la France, vers le milieu du XIVe siècle, on remarqua, en divers endroits, que cette terrible maladie ne laissait aucun espoir de guérison, quand elle était accompagnée de quelque saignement de nez; et comme un pareil symptôme causait alors les plus vives craintes et le plus triste abattement, on en prit occasion de dire au figuré: Saigner du nez, pour exprimer le manque de courage et de résolution.

Tirer les vers du nez à quelqu’un.

Tirer de lui un secret par des questions adroites.—Nicot dit que cette façon de parler vient des pipeurs charlatans qui font accroire aux simples gens beaucoup de telles riottes, afin d’avoir cependant le loisir de vider leur gibecière. Je pense qu’elle a une autre origine, et que le mot vers est ici un terme qui nous est resté de la langue romane, où il s’employait dans l’acception de vrai, comme l’attestent les deux exemples suivants, dont le premier est pris du roman de Rou de Robert Wace, et le second, d’une pièce du troubadour Armand de Mareuil:

Mez veirs est ke li vilain dit,
Mais ce que dit le vilain est vrai.

Aisso saben tug que es vers,
Nous savons tous que ceci est vrai.

On aura dit primitivement li vers; et, dans la suite, on aura traduit li vers par les vers, en attribuant à l’article un sens pluriel qu’il n’avait point en ce cas. Quant à l’expression tirer du nez, elle peut avoir été choisie par trois raisons: 1o parce qu’elle est au propre un équivalent du vieux verbe émoucher, auquel on donnait souvent, au figuré, la signification de tirer par adresse[67]; 2o parce qu’elle réveille dans l’esprit, par une certaine analogie, une réminiscence de ce qu’on appelle mener par le nez; 3o parce qu’elle offre celle espèce de singularité qui fait ordinairement le sel des phrases proverbiales. On sait que le peuple, dans son langage, est grand inventeur de ces formules curieuses où viennent se rallier, d’une façon pittoresque, des rapports éloignés que lui révèle si facilement son instinctive sagacité.

Ainsi, tirer les vers du nez, qu’on a substitué à émoucher li vers ou le vers, est la même chose que tirer par adresse le vrai; et, ce qui me paraît confirmer cette explication, c’est qu’on trouve dans quelques auteurs du moyen-âge: Emungere aliquem vero, phrase d’une très bonne latinité, qui est sans doute l’original de la nôtre, et qui se traduit littéralement en vieux français par émoucher le vers ou le vrai, de quelqu’un ou à quelqu’un.

Les Allemands disent, pour exprimer la même idée: Den Hund vom Ofen locken; attirer le chien de derrière le poêle, parce qu’il faut bien flatter cet animal, le bien amorcer par des caresses, pour lui faire quitter cette place chaude et commode, où il aime à se tenir couché.