Votre nez branle.
On fait accroire aux enfants que leur nez tombera, s’ils se permettent un mensonge; et c’est ce qu’on rappelle par cette expression, quand on veut arracher à l’un d’eux l’aveu de quelque espiéglerie dont on le soupçonne d’être l’auteur et qu’il soutient n’avoir pas faite.—Érasme rapporte que, de son temps, on disait proverbialement: Nasus tuus arguit mihi te mentiri. Votre nez m’avertit que vous mentez. Mais cette façon de parler n’était point fondée, comme la nôtre, sur la supposition d’un branlement de nez; elle avait sa cause dans une idée superstitieuse qui fesait prendre certaines pustules qui viennent au nez pour des effets et des indices de l’habitude de mentir. Les Grecs désignaient ces pustules par le mot Ψεύσματα, mensonges, que Théocrite a employé dans un vers traduit ainsi en latin:
Non mihi nascentur nares mendacia supra.
Les mensonges ne se produiront pas sur mon nez.
Le peuple, en France, donne de même le nom de mensonges à certaines taches dont les ongles sont quelquefois marqués. (Voyez l’expression Avoir les ongles fleuris.)
Prenez-vous par le bout du nez.
C’est ce qu’on disait fréquemment autrefois, et ce qu’on dit quelquefois encore pour répondre à quelqu’un qui veut mettre sur le compte des autres les fautes dont il s’est rendu coupable.—Cette expression est fondée sur l’ancienne coutume de Normandie, d’après laquelle un homme convaincu d’avoir nui par de mauvais propos à la réputation de son prochain, était tenu de lui faire amende honorable en une église, dans un jour de solennité, et de se déclarer publiquement calomniateur en se prenant par le bout du nez. Ce qui s’appelait payer le laid dit.
Avoir un pied de nez.
C’est être honteux et confus.—Cette expression peut avoir eu la même origine que la précédente, car il était tout naturel de supposer qu’un individu condamné à se prendre par le bout du nez, à se tirer le bout du nez, devait, en sortant de cette épreuve, avoir le nez allongé, ou, comme on dit hyperboliquement, avoir un pied de nez.—Un physiognomoniste conjecture qu’elle est venue de ce que la confusion et le chagrin qu’éprouve un homme dont les projets ont échoué, dont l’ambition se trouve déçue, lui amaigrissent la figure et rendent ainsi son nez plus saillant.—Suivant presque tous les parémiographes, elle a eu pour fondement ce conte rapporté par Béroalde de Verville, dans son Moyen de parvenir (tom. II, ch. 33): Un chapelain se chauffant, un jour de grande fête, au feu de la sacristie, y fit griller du boudin, pendant qu’on disait matines. Averti d’aller encenser, il mit à la hâte son boudin dans sa manche et sortit pour remplir son devoir. Comme il n’avait pas bien boutonné sa manche, il arriva que, dans le mouvement du bras, elle se délia, de sorte que le boudin sauta au nez du doyen à qui le chapelain envoyait la sainte fumée, ce qui fit une plaisante figure et donna lieu de dire que M. le doyen avait eu un pied de nez, expression qui passa bientôt en proverbe.