NIAIS.C’est un niais de Sologne qui ne se trompe qu’à son profit.

Les habitants de la Sologne passent pour avoir d’autant plus d’intelligence qu’ils en font paraître moins, et ils mettent en effet dans les affaires qu’ils font une habileté secrète qui les fait toujours tourner à leur avantage. De là ce dicton qu’on emploie en parlant d’un homme qui, tout en contrefesant le simple, est extrêmement adroit et alerte sur ce qui regarde son intérêt. On dit aussi: C’est un niais de Sologne qui prend des sous marqués pour des liards.

NICODÊME.C’est un Nicodême.

C’est un homme simple et borné, un niais.—Le nom de Nicodême, formé de deux mots grecs, νικῶ (je triomphe) et δῆμος (peuple), exprime une idée très noble dans la langue d’où il est tiré. Pourquoi donc en offre-t-il une si différente en français? Les étymologistes pensent que c’est à cause de nice et de nigaud, qui ont une certaine analogie phonique avec les deux premières syllabes de ce nom: mais à cette raison il faut en ajouter d’autres que voici. Nicodême était un des principaux Juifs, et il appartenait à l’école pharisienne. Frappé des miracles de Jésus-Christ, il alla le trouver de nuit pour se convertir à sa doctrine, et l’ayant entendu dire que l’homme ne peut voir le royaume de Dieu s’il ne reçoit une seconde naissance, il en manifesta son étonnement en ces termes: «Comment peut naître un homme quand il est vieux? peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître une seconde fois?» Le Sauveur lui expliqua le sens mystique de sa proposition, et Nicodême ne comprenant pas mieux qu’auparavant, demanda encore: Comment cela peut-il se faire? Ce qui lui attira cette réponse: Quoi! vous êtes docteur en Israël et vous ignorez ces choses! Tu es magister in Israel et hæc ignoras! (Evang. sec. Joan., c. III.)—Ce récit de l’Évangeliste a été développé dans une scène du Mystère de la passion, où Nicodême, avant de se faire chrétien, agit et parle comme un imbécille, et c’est principalement pour cela que son nom a été voué à un ridicule proverbial. On sait que Hauteroche a donné ce nom à un personnage niais de sa comédie du Deuil. On sait aussi quel rôle Furetière a fait jouer à un avocat du même nom dans son Roman bourgeois.

NICOLAS.Saint-Nicolas marie les filles avec les gas.

Une légende rapporte que saint Nicolas, évêque de Myre, au commencement du ive siècle, était enflammé du zèle de marier les filles, et qu’il allait pendant la nuit jeter des sacs d’argent dans la maison des pères de famille qui n’avaient pas de dot à leur donner. C’est en mémoire de cette généreuse dévotion, qui en valait bien une autre, qu’il a été choisi pour présider aux tendres engagements des cœurs bien épris, et que son nom est invoqué dans les litanies des amoureux. Delille a fait sur ce saint, dans la première édition de son poëme de la Pitié, les quatre vers suivants, qui ont été supprimés dans les autres éditions.

Le bon saint Nicolas, dont l’oreille discrète
Écoute des amants la prière secrète,
Qui, des sexes divers le confident chéri,
Donne à l’homme une épouse, à la femme un mari.

NIQUE.Faire la nique à quelqu’un.

C’est proprement hausser et baisser le menton pour le narguer, pour se moquer de lui.—Quelques étymologistes font dériver le mot nique du verbe allemand nicken, qui signifie hocher la tête, et quelques autres du celtique niq, qui s’est conservé chez les Bas-Bretons dans le même sens. Nos anciens auteurs se sont servis du verbe niqueter inusité aujourd’hui.