Qui n’est pas grand ennemi n’est pas grand ami.

C’est-à-dire, celui qui n’est pas capable de bien haïr, n’est pas capable de bien aimer; celui qui ne peut mettre beaucoup d’ardeur à se venger de ses ennemis, ne peut non plus en mettre beaucoup à servir ses amis.—L’auteur des Loisirs d’un Ministre d’état désapprouve très fort ce proverbe, qui mesure sur les degrés de la haine les degrés de l’amitié. «Distinguons, dit-il, entre les excès dans lesquels les passions peuvent nous entraîner et les suites d’une liaison sage et réfléchie. L’amitié ne doit être que de ce dernier genre. Si elle devenait passion, elle cesserait d’être aussi estimable et aussi respectable qu’elle l’est; elle aurait tous les dangers de l’amour, qui fait faire autant de fautes que la haine et la vengeance. Dieu nous garde de trop aimer aussi bien que de trop haïr! Cependant, il faut bien aimer jusqu’à un certain point: le cœur de l’homme a besoin de ce sentiment, et ce sentiment fait du bien à notre esprit, quand il ne l’aveugle point. Mais la haine et le désir de la vengeance ne peuvent jamais que nous tourmenter. On est heureux de ne point haïr; mais en aimant d’une manière sensée, ne peut-on pas servir ardemment ses amis, mettre de la vivacité, de la suite, même de la ténacité dans les affaires qui les intéressent? Eh! faut-il donc être cruel pour les uns parce que l’on est tendre pour les autres, persécuteur pour être serviable? non. Pour moi, je déclare que je suis un faible ennemi, non-seulement en force, mais en intention, quoique je sois ami très zélé et très essentiel.»

Ami jusqu’aux autels.

C’est-à-dire dans tout ce qui n’est pas contraire à la religion.

Ce proverbe, rapporté par Aulu-Gelle et par Plutarque, est une réponse de Périclès à un de ses amis qui l’engageait à faire un faux serment en sa faveur. Il est fondé sur l’usage antique de jurer, la main posée sur un autel.

François Ier en fit une noble application lorsque, en 1534, il écrivit au roi d’Angleterre, Henri VIII, qui lui conseillait de se séparer de l’église romaine comme il venait de le faire: Je suis votre ami, mais jusqu’aux autels.

On ne peut dire ami celui avec qui on n’a pas mangé quelques minots de sel.

Aristote et Plutarque se sont servis de ce proverbe, dont le sens est que l’amitié ne peut se former subitement, et qu’elle a besoin d’être confirmée par le temps. «Semblable aux vins généreux dont les années augmentent le prix, dit Cicéron, plus elle est vieille, plus elle est parfaite; et c’est avec raison qu’on pense qu’il faut manger ensemble plusieurs boisseaux de sel pour la consommer.»

L’amitié est aussi comparée au vin dans l’Ecclésiastique (ch. 9, v. 15): Vinum novum amicus novus: vetarescet et cum suavitate bibes illud. Le nouvel ami est comme un vin nouveau: il vieillira, et alors tu le boiras avec plaisir.