Ce proverbe est un résumé du passage de l’Ecclésiastique (ch. XIII, v. 25, 27, 29): «Si le riche est ébranlé, ses amis le soutiennent; mais si le pauvre commence à tomber, ses amis même contribuent à sa chute.—Si le pauvre a été trompé, on lui fait encore des reproches; s’il parle sagement, on ne veut pas l’écouter.—S’il fait un faux pas, on le fait tomber tout-à-fait.»
Les Allemands disent: An das Armut will jedermann die Schuch wischen. Chacun veut essuyer ses pieds sur la pauvreté.
PAUVRETÉ.—Pauvreté n’est pas vice.
Pour être pauvre, on n’en est pas moins honnête homme; on a tort de compter la richesse avant le mérite.
Cette réclamation proverbiale n’a presque pas de valeur dans ce siècle où l’argent est tout. La probité indigente se voit condamnée à l’humiliation et au mépris, et si quelqu’un fait observer que pauvreté n’est pas vice, tout le monde est prêt à répondre comme Dufresny: C’est bien pis.
Nos pères disaient: Pauvreté n’est pas vice; mais c’est une espèce de ladrerie, chacun la fuit.—La ladrerie, ou lèpre, était, dans le moyen-âge, une maladie non moins redoutée que la peste. On retranchait de la société les malheureux atteints de cette maladie, et l’on ne souffrait pas même qu’après leur mort, leurs cendres fussent mêlées, dans les cimetières, avec celles des autres hommes.
PAYS.—Il est bien de son pays.
Cette expression proverbiale est regardée comme une variante de cette autre employée par Brantôme: Il sent bien son patois. Un homme qui est bien de son pays, ou qui sent bien son patois, est, au propre, un homme qui s’est toujours tenu dans le lieu de sa naissance, qui ne sait point parler autrement qu’on y parle; et, au figuré, un homme bien novice, bien simple.—Rien ne forme tant les hommes que les voyages, et ce n’est pas sans raison que l’on compare le monde à un grand livre, où celui qui n’a point quitté son pays natal n’a lu qu’un feuillet.
L’expression il est bien de son pays fait le sel de l’épigramme suivante de Ménage contre l’imprimeur Journel, qui avait refusé de mettre sous presse un passage des Origines de la langue française, relatif aux badauds de Paris:
De peur d’offenser sa patrie,