PHÉBUS.Donner dans le phébus.

C’est parler ou écrire d’une manière boursouflée et peu intelligible.—«Le phébus,» dit le père Bouhours (Manière de bien penser dans les ouvrages d’esprit, dialog. IV), «n’est pas si obscur que le galimathias. Il a un brillant qui signifie ou paraît signifier quelque chose. Le soleil y entre d’ordinaire; et c’est peut-être ce qui, dans notre langue, a donné lieu au nom de Phébus.»

Cette conjecture est ingénieuse; mais elle ne me paraît pas admissible. Voici la véritable explication: Gaston Phébus[73], prince du Béarn, composa, vers le milieu du XIVe siècle, un traité sur la chasse, intitulé: le Miroir de Phébus des déduits de la chasse des bestes sauvaiges et des oyseaux de proie. L’ouvrage est divisé en deux parties, dont l’une est en prose et l’autre en vers. Cette seconde partie où figurent, à ce qu’on prétend, les événements de l’histoire contemporaine exposés sous le voile d’une allégorie continuelle, est écrite d’une manière aussi ampoulée qu’énigmatique; mais ce qui met le comble à la confusion qui y règne, c’est une série de discussions métaphysiques entre plusieurs vertus personnifiées qui font assaut de citations prises indistinctement de livres de philosophie, de médecine, de droit civil et de droit canon, etc.; le tout pour décider ou plutôt pour laisser indécise cette grave question: Si les chasseurs doivent accorder la préférence aux chiens ou aux faucons. L’embarras que le style d’une pareille composition donna aux lecteurs, embarras qui s’accrut à mesure que la langue subit des changements, fit appeler ce style le phébus, nom dérivé de l’écrivain, et appliqué à sa manière d’écrire.

Malherbe a dit des expressions phébées, pour des expressions ampoulées, qui n’ont qu’un faux éclat, qui sentent le phébus.

PIE.Être au nid de la pie.

C’est-à-dire au plus haut degré d’élévation, de fortune, parce que la pie fait toujours son nid à la cime de l’arbre le plus élevé.—On dit aussi: prendre la pie au nid; trouver la pie au nid, pour signifier, se procurer un grand avantage, faire une découverte importante.

PIÈCE.Faire pièce à quelqu’un.

C’est lui faire une malice.—Cette expression est venue de l’usage où l’on était autrefois de composer et de faire chanter quelque pièce de vers contre les personnes qu’on voulait railler ou ridiculiser. Cet usage existait particulièrement en Provence; et le roi René ne l’oublia point dans la procession qu’il institua pour la Fête-Dieu à Marseille. Une scène de ce grand drame montrait Momus, le dieu de la critique, sur un théâtre porté sur les épaules de plusieurs hommes. Ce Momus, couvert d’un habit emplumé, collé sur le corps, était accompagné de tous les animaux que les anciens lui donnaient pour symboles. Il avait au devant de lui des momons qui chantaient et dansaient grotesquement, et, dans les haltes de la procession, ridiculisaient les spectateurs contre lesquels il y avait à gloser. Parmi ces momons étaient entremêlés des troubadours, appelés par le peuple les farceurs, qui, en langage rimé, s’attachaient à dire aux gens leurs vérités les plus cachées, d’où est venue cette expression proverbiale commune en Provence: Dire son vers à quelqu’un.

PIED.Être sur un grand pied dans le monde.