C’est y être en estime, en considération, y jouer un rôle brillant.—Geoffroi Plantagenet, comte d’Anjou, un des hommes les plus beaux et les plus galants de son siècle, avait au bout du pied une excroissance de chair assez considérable. Il imagina de porter des souliers dont le bout recourbé était de la longueur nécessaire pour couvrir cette imperfection sans le gêner. Chacun voulut bientôt avoir des souliers comme ceux de ce seigneur; et la dimension de cette chaussure, qu’on nommait à la poulaine, devint, surtout dans le XIVe siècle, la mesure de la distinction. Les souliers d’un prince avaient deux pieds et demi de long, ceux d’un haut baron, deux pieds. Le simple chevalier était réduit à un pied et demi, et le bourgeois à un pied. De là l’expression: Être sur un grand pied dans le monde. (L’abbé Tuet.)

Les étymologistes ne sont pas d’accord sur l’origine du mot poulaine, qui désignait le bec recourbé du soulier. Les uns le dérivent du nom du cordonnier qui, le premier, confectionna une telle chaussure; les autres le font venir de l’ancien nom de la Pologne, la Poulaine, d’où cette chaussure, disent-ils, fut apportée en France.

C’est un pied-plat.

Terme de mépris par lequel on désigne un homme de basse naissance, qui ne mérite aucune considération. Il est venu de ce que les paysans portaient autrefois des souliers plats, et presque sans talons, tandis que les seigneurs avaient des souliers à talons hauts, qui étaient une marque distinctive de la noblesse.

Prendre quelqu’un au pied levé.

Prendre avantage contre lui de la moindre chose qu’il fait ou du moindre mot qui lui échappe.—Cette expression est venue peut-être d’un ancien jeu, nommé le jeu du pied levé, dans lequel les joueurs sont obligés de donner un gage, lorsqu’ils sont saisis au moment où ils lèvent le pied. Peut-être aussi est-elle une métaphore empruntée de l’escrime, où l’on prend son adversaire au pied levé, quand on le frappe aussitôt qu’il a le pied levé pour se fendre.

PIERRE.Faire d’une pierre deux coups.

Faire servir une chose à deux fins, tirer deux avantages d’une seule et même action.—Les Italiens disent: Far groppo e maglia. Faire nœud et maille.—Un bon vivant qui consacrait sa vie à la bonne chère et à l’amour, s’était logé dans un entresol au-dessus de la cuisine d’un restaurateur et au-dessous de la chambre de sa belle; et, quand il voulait jouir du double avantage de sa position, il lançait au plafond une pierre qui, retombant sur le parquet, avertissait à la fois cette belle et ce restaurateur toujours fidèles à l’appel. Pouvait-il mieux faire d’une pierre deux coups?

PILULE.Dorer la pilule à quelqu’un.

Employer des paroles flatteuses pour le déterminer à faire quelque chose qui excite sa répugnance, ou pour lui adoucir l’amertume d’un refus. Métaphore prise d’un procédé en usage chez les apothicaires, qui dorent ou argentent les pilules, afin d’en déguiser la couleur et le goût.—Les Espagnols disent: Si la pildora bien sapiera, no la doraran por defuera. Si la pilule avait bon goût, on ne la dorerait pas.