Ce n’est pas pour rien.—Sganarelle dit:

Si je suis affligé, ce n’est pas pour des prunes.

On fait venir cette expression du conte suivant, rapporté par La Monnoye: Martin Grandin, doyen de Sorbonne, avait reçu en présent quelques boîtes d’excellentes prunes de Gènes qu’il enferma dans son cabinet. Ses écoliers ayant trouvé sa clef, firent main basse sur ses boîtes. Le docteur fit grand bruit, et il allait chasser tous ses pensionnaires, si l’un d’eux, tombant à genoux, ne lui eût dit: «Eh! monsieur; on dira que vous nous avez chassés pour des prunes.» A ce mot, le bon doyen ne put s’empêcher de rire et il se calma.—Le sel de ce conte prouve que cette expression était déjà reçue, et qu’il faut en aller chercher l’origine encore plus loin. Elle est née, sans doute, de ce que les prunes étaient autrefois très communes et à vil prix, comme l’indique ce vieux dicton qu’on emploie ironiquement pour répondre à quelqu’un qui offre une chose ou les restes d’une chose dont il est dégoûté: Mangez de nos prunes, nos pourceaux n’en veulent plus.


Q

QUART-D’HEURE.Le quart-d’heure de Rabelais.

On appelle ainsi un mauvais moment à passer, une circonstance pareille à celle où se trouvait Rabelais, quand il fallait compter dans les auberges et qu’il n’avait pas de quoi payer sa dépense. On sait l’embarras où il se trouva, faute d’argent, dans une hôtellerie de Lyon, et le singulier expédient que lui suggéra son génie drolatique, pour s’en tirer et se faire conduire à Paris aux frais du procureur du roi. Cette anecdote a été souvent racontée; et, quoiqu’elle soit peu croyable, elle n’en a pas moins donné lieu à l’expression proverbiale.

QUARTIER.Ne faire de quartier à personne.

C’est n’épargner personne. On dit aussi dans le même sens: Traiter tout le monde sans quartier.—Ces expressions prirent naissance dans les camps, où elles s’employaient pour dire refuser de recevoir à composition; littéralement, de recevoir la rançon appelée quartier, parce qu’elle consistait dans un quartier de la paie d’un officier ou d’un soldat qui demandait grâce. Cette manière de se racheter avait été introduite dans une guerre entre les Espagnols et les Hollandais.

Tomber sur les quatre quartiers de quelqu’un.