Le traiter sans ménagement, avec une rigueur excessive.—Métaphore prise du combat à l’espadon, où il fut toujours permis de porter des coups sur toutes les parties du corps d’un adversaire, tandis que, dans les tournois et dans les duels judiciaires, on ne pouvait le frapper qu’au buste.
QUENOUILLE.—Tomber en quenouille.
Ou disait autrefois: Tomber de lance en quenouille; à lanceâ ad fusum transire, en parlant des fiefs qui passaient des mâles aux femelles. La lance était alors la plus noble de toutes les armes à l’usage des gentilshommes, et la quenouille était souvent entre les mains de leurs épouses, plus laborieuses que les dames de notre temps. Ce qui fit employer le mot lance, pour désigner l’homme, et le mot quenouille, pour désigner la femme.
On lit dans les Antiquités françoises de Fauchet (liv. IV): «Le roi Guntchram, mettant une lance ou javeline en la main de Childebert (possible que de ceste manière de faire vient le mot de tumber en lance ou tumber en quenouille, quand un fief chet en la main d’un masle ou femelle), il luy dist que c’estoit la marque pour donner à cognoistre qu’il mettoit en ses mains tout son royaume.»
C’est une maxime, devenue loi fondamentale, que le royaume de France ne peut tomber en quenouille, c’est-à dire qu’il ne peut échoir en succession aux princesses. Après que les lis eurent été transportés dans les armoiries de l’État[77], on dit, dans le même sens, les lis ne filent point, par interprétation de ces paroles de l’Évangile selon saint Luc (ch. XII, v 27): Considerate lilia quomodo crescunt: non laborant, neque nent, etc. Voyez comment croissent les lis: ils ne travaillent point, ils ne filent point, etc.
Lorsqu’on parle d’une famille où les filles ont plus d’esprit que les garçons, on dit que l’esprit y est tombé en quenouille.
QUERELLEUR.—Les gens fatigués sont querelleurs.
Parce que l’agitation que la fatigue donne au sang et aux nerfs produit une sorte d’impatience naturelle qui s’irrite à la moindre contradiction.—Ce proverbe est pris du latin à lasso rixa quæritur. Il est cité comme ancien et commenté de la manière suivante par Sénèque (Traité de la colère, l. III, ch. 10): «On en peut dire autant des personnes qui ont faim, qui ont soif, qui sont excitées par quelque chose qui les échauffe. De même que les plaies sont sensibles au moindre tact, et même, à la longue, au moindre soupçon du toucher, de même une ame déjà affectée s’offense de la moindre chose; une salutation, une lettre, un discours, une simple question suffit pour mettre des gens en querelle. On ne peut toucher le corps d’un malade sans le faire gémir.»
QUEUE.—Faire la queue à quelqu’un.
Le prendre pour jouet ou pour dupe.—Cette façon de parler triviale est venue des Latins, qui disaient: Homuncio trahit caudam, le petit homme traîne la queue, sert de risée; parce qu’on était dans l’usage à Rome d’attacher une queue de bête par derrière à ceux qu’on voulait livrer au ridicule lorsqu’ils s’endormaient en compagnie. Veteres, dit Scaliger, iis quos irridere volebant dormientibus capiti supponebant vel caudam vulpis vel quid simile. Cela se pratique encore très souvent dans les joyeuses veillées des hameaux.