Faire grande chère.—On fait venir cette locution populaire de ce que Amédée VIII, duc de Savoie, qui fut depuis pape ou antipape sous le nom de Félix V, se retira dans le château Ripaille, sur le bord du lac Léman, pour y passer, dit-on, sa vie au milieu des délices; mais une telle explication ne s’accorde guère avec le caractère de ce prince, appelé pour sa sagesse le Salomon de son siècle, et mort en odeur de sainteté, après avoir déposé la tiare.—Il faut adopter l’étymologie de Le Duchat, qui regarde le mot ripaille comme une contraction de repaissaille, ou celle de M. Eloi Johanneau qui le fait venir de ripuaille, augmentatif de mépris, dérivé de repue.

RIRE.Trop rire fait pleurer.

Risus profundior lacrymas parit.—Ce proverbe est vrai au figuré comme au propre: la joie excessive est ordinairement suivie de la tristesse.—Risum reputavi errorem, et gaudio dixi: Quid frustra deciperis? (Ecclésiastique, chap. II, v 2). J’ai regardé le rire comme une erreur, et j’ai dit à la joie: Pourquoi m’as-tu trompé?

RIVIÈRE.La rivière ne grossit pas sans être trouble.

Une grande fortune ne s’acquiert pas ordinairement sans quelques moyens illicites. Salomon a dit: Qui festinat ditari non erit innocens (Prov., c. XXVIII, v 20). Celui qui se hâte de s’enrichir ne sera point innocent. On emploie dans le même sens le vieux proverbe: Qui ne robe ne fait robe.

ROBIN.Etre ensemble comme Robin et Marion.

C’est-à-dire en parfaite intelligence.—Il y a un fabliau du XIIIe siècle, le jeu du berger et de la bergère, par Adam de La Halle, où Robin et Marion sont représentés comme les parfaits modèles des amants. Cette espèce de pastorale que les jongleurs jouaient et chantaient dans les festins publics, entre les mets ou après les mets, a sans doute donné lieu à l’expression proverbiale.

C’est un plaisant robin.

Robin est un mot qui vient de robe et signifie proprement homme de robe. Il se disait autrefois au figuré pour farceur, être facétieux; mais il perdit cette acception par le fréquent usage qu’en firent nos anciens poëtes dans leurs satires et leurs comédies, et l’expression C’est un plaisant robin ne fut plus employée que dans un sens de mépris ou d’injure.

De robin on avait fait robinerie, qui se trouve dans la satire Ménippée comme synonyme de farce.