ROCANTIN.—C’est un vieux rocantin.
«Vieux rodrigue, vieux routier qui ne peut plus servir. De l’italien rocca, qui signifie citadelle. Rocantin, c’est proprement un soldat qui a vieilli dans les troupes et qui n’est plus bon qu’à garder une forteresse; ou plutôt c’est un vieux chamois qui de sa vie n’a fait autre chose.» (Le Duchat.)
ROCHE.—C’est un homme de la vieille roche.
Cette locution est du temps de ces chrétiens zélés qui embrassaient la vie érémitique et n’avaient d’autre habitation que le creux de quelque rocher, renommé dès lors comme le sanctuaire de la piété. Uniquement voués au service de Dieu dans leur solitude, ils ne communiquaient plus avec le monde que pour consoler les malheureux qui venaient les trouver. La véritable charité est modeste: il lui faut des vertus et non pas des noms. Ceux de ces saints ermites étaient moins connus que leurs bienfaits. Mais l’admiration et la reconnaissance savaient y suppléer par la désignation d’homme de la vieille roche, vir antiquæ rupis, désignation simple et touchante qui s’est conservée dans notre langue pour les personnes de mœurs antiques, ou distinguées par de solides qualités, et pour les choses auxquelles on attache quelque idée de perfection.
Il se pourrait aussi que cette expression rappelât quelque antique roche qui servait de tribunal. Juris dicendi rupes; roche où l’on disait droit.
Quelques auteurs ont prétendu qu’elle fait allusion à une ancienne roche ou mine de turquoises qui est épuisée depuis longtemps, parce que ces turquoises étaient plus précieuses que les autres.
RODOMONT.—C’est un rodomont.
Rodomont, mot qui est formé du latin rodere montem, et qui signifie un ronge-montagne, est le nom que porte, dans les romans de chevalerie, un roi d’Alger, brave, mais altier et insolent, dont le Boïardo et l’Arioste ont tracé le portrait dans leurs poëmes. Ce nom est devenu un appellatif, comme celui de fier-à-bras, pour désigner un fanfaron, un bravache, un capitan matamore[79].
ROGER BONTEMPS.—C’est un Roger Bontemps.
Cette dénomination proverbiale qu’on applique à un homme qui n’engendre point mélancolie et ne songe qu’à mener joyeuse vie, est, selon Le Duchat, une altération de réjoui, bontemps, deux épithètes qu’on donne à un bon compagnon; et, suivant E. Pasquier, de rouge bontemps, parce que, dit-il, la couleur rouge au visage d’une personne promet je ne sais quoi de gai et non soucié. Fleury de Bellingen pense qu’elle est venue d’un seigneur nommé Roger, de la famille de Bontemps, dans le Vivarais, homme sans souci et grand amateur de la bonne chère. L’opinion la plus accréditée et la plus probable, est celle de l’abbé Lebœuf, qui en rapporte l’origine à Roger de Collerye. Ce poëte, qui fut prêtre et secrétaire de deux évêques d’Auxerre, Jean Baillet et François de Dinteville, à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe, avait pris le titre de Bontemps, justifié par la gaieté de son caractère et de ses productions. La première de ses pièces est un dialogue intitulé: Satyre pour l’entrée de la royne à Auxerre. Les vignerons de cette ville y discourent sur les usuriers. Bontemps, qui en est un des principaux acteurs, inspire la joie et la communique à tous les autres.