On a prétendu que la dénomination de Roger Bontemps concernait Pierre Roger, troubadour du XIIe siècle, chanoine d’Arles et de Nîmes, qui abandonna ses bénéfices pour aller, de cour en cour, jouer des comédies dont il était l’auteur; mais on n’a appuyé cette assertion d’aucune preuve.

ROI.Travailler pour le roi de Prusse.

C’est travailler sans recevoir aucun salaire.—Il est question du gros Frédéric Guillaume Ier, roi de Prusse. «C’était, dit Voltaire, un véritable vandale, qui, dans tout son règne, ne songea qu’à amasser de l’argent; jamais sujets ne furent plus pauvres que les siens. Il avait acheté à vil prix une partie des terres de sa noblesse, laquelle avait mangé bien vite le peu d’argent qu’elle en avait tiré, et la moitié de cet argent était rentré encore dans les coffres du roi par les impôts sur la consommation. Toutes les terres royales étaient affermées à des receveurs qui étaient en même temps exacteurs et juges, de façon que, quand un cultivateur n’avait pas payé au fermier à jour nommé, ce fermier prenait son habit de juge, et condamnait le délinquant au double. Il faut observer que, quand ce même juge ne payait pas le roi le dernier du mois, il était lui-même taxé au double le premier du mois suivant.»

RONDE.A la ronde, mon père en aura.

Un jeune homme, assis à table, en nombreuse compagnie, à côté de son père, en reçut un soufflet pour une parole inconvenante qu’il s’était permise. Indigné d’avoir été traité de la sorte devant le monde, il se leva soudain dans un transport de rage; mais comme il ne pouvait se venger sur son père, il se précipita sur son voisin qui avait l’air de sourire et lui rendit le soufflet, en s’écriant: A la ronde, mon père en aura. De là ce dicton, dont on se sert quand on fait passer quelque chose de main en main.

ROSSIGNOL.C’est le rossignol d’Arcadie.

Au propre, c’est un baudet; au figuré, c’est un ignorant, un chanteur détestable.—Les Grecs et les Romains assimilaient les hommes d’une grande ignorance aux ânes d’Arcadie, qu’ils regardaient comme les prototypes de l’espèce. Nous avons adopté cette comparaison proverbiale, et nous avons dit d’abord un roussin d’Arcadie, puis nous avons substitué plaisamment le nom de rossignol à celui de roussin, avec lequel il a une certaine analogie phonique, par allusion au trait de la fable qui représente le dieu Pan donnant des leçons de musique à ces stupides animaux.

Cette tradition mythologique est fondée sans doute sur l’observation de quelques effets extraordinaires produits par les sons mélodieux de la voix ou des instruments sur ces stupides animaux, qui ont montré quelquefois une délicatesse d’oreille, dont bien des gens pourraient être jaloux. Témoin l’âne dont parle le père Regnault: cet âne élevait la tête par dessus le chapeau d’un joueur de flûte pour mieux l’entendre, et, dans cette position, il restait la bouche béante à l’écouter. Témoin encore l’âne d’Ammonius, commentateur d’Aristote. Ce second amateur était plus remarquable encore que le premier. Le patriarche Photius était si émerveillé de ses qualités, qu’il a cru devoir en faire une mention honorable dans un ouvrage de théologie où il assure que cet illustre baudet, entendant son maître déclamer ou chanter des vers, oubliait les meilleurs chardons placés devant lui, et souffrait la faim plutôt que d’interrompre son attention.

Quand le rossignol a vu ses petits il ne chante plus.